les chaleurs chez la jument
Publié le 31/01/2019
Auteur :
Catégorie : Élevage

Élevage Les chaleurs chez la jument

Nous connaissons tous au moins une jument particulièrement caractérielle à certaines périodes. Apparemment, ce serait dû à ses « chaleurs »… Mais en fait, c’est quoi les chaleurs ? Comment l’activité ovarienne fonctionne-t-elle chez la jument ? A-t-elle des règles ? Et en cas de douleurs, comment la soulager ?

Vous l’aurez compris, aujourd’hui, nous faisons le point sur l’activité ovarienne de la jument !

L’activité ovarienne de la jument

S’il existe de nombreuses similitudes entre l’activité ovarienne de la femme et de la jument, certaines différences sont toutefois présentes.

Par exemple, la femme adulte présente une activité ovarienne tout au long de l’année, là où la jument adulte n’a de cycles ovariens que durant la belle saison (fin avril à octobre à peu près). Certaines juments présentent toutefois une activité ovarienne durant l’hiver, mais cela reste plutôt rare.

Fun fact : l’activité cyclique est directement liée à la lumière du soleil : elle disparait lorsque les journées sont courtes (automne / hiver), et réapparait lorsque les jours se rallongent (printemps / été). Il est toutefois possible de faire débuter les cycles plus tôt en plaçant la jument sous des lampes (photostimulation). C’est une pratique qui est notamment utilisée dans le monde des courses.

La durée même du cycle est également différente : 28 jours en moyenne chez la femme, contre 21 chez la jument. Bien évidemment, chez la jument comme chez la femme, la durée du cycle varie selon les individus. Toutefois, chez la jument nous pouvons également constater une variation de la durée du cycle en fonction de la saison. Ils seront en effet généralement plus courts durant l’été.

Le cycle ovarien de la jument est composé d’une succession de 2 phases : la phase folliculaire et la phase lutéale.

Phase 1 : la phase folliculaire

La phase folliculaire, aussi appelée œstrus, dure 4 à 7 jours en moyenne. Ce sont les fameuses chaleurs, dont nous entendons tant parler ! Durant cette phase, la jument est prête à se reproduire et accepte l’étalon.

Concrètement, pendant la phase folliculaire, l’hypophyse (glande située à la base du crâne) produit une hormone folliculostimulante qui, comme son nom l’indique, stimule la croissance d’un follicule. Or dans ce follicule se trouve un ovule.

Pendant sa maturation, le follicule produit des œstrogènes. Les œstrogènes sont des hormones qui ont pour objectif de préparer le corps de la jument à une possible gestation. Elles sont également les responsables des signes cliniques des fameuses chaleurs chez la jument : vulve qui « clignote », queue relevée, jets d’urine …

Si votre jument lèvre très fréquemment la queue, cela peut signifier qu’elle est en chaleur.

Quand le niveau d’œstrogènes dans le sang atteint un certain seuil, l’hypophyse cesse de secréter l’hormone folliculostimulante, et génère à la place une poussée d’hormone lutéinisante.

La présence de cette nouvelle hormone entraîne la rupture du follicule. L’ovule est libéré dans les trompes utérines : c’est ce que l’on appelle l’ovulation. Chez la jument, l’ovulation a généralement lieu dans les 24 à 48 dernières heures de la phase folliculaire.

A noter qu’il peut arriver qu’il n’y ait pas un mais deux ovules matures libérés. Dans ce cas, il peut y avoir une gestation gémellaire si la jument est fécondée. Cela reste toutefois très rare.

Les jumeaux sont rares chez les chevaux, mais une gestation gémellaire reste possible.

Phase 2 : la phase lutéale

La phase lutéale, aussi appelée dioestrus, dure 14 jours en moyenne. Durant cette phase, la jument ne peut plus être fécondée et refuse l’accouplement. Contrairement à la phase folliculaire (période dite « de chaleurs »), la jument ne présente aucun comportement particulier durant la phase lutéale.

Nous venons de le voir, lors de l’ovulation le follicule est rompu et libère un ovule. Ce dernier est déplacé dans les trompes utérines (où il se transforme en embryon, s’il y a eu fécondation). Mais que devient le follicule ensuite ?

En réalité, le follicule continue de se développer et subit plusieurs modifications grâce aux hormones lutéinisantes qu’il a reçu. Rapidement, il se transforme en corps jaune (corpus luteum). Le corps jaune va alors commencer à produire de la progestérone, une hormone ayant un effet sur l’hypophyse.

Rappelez-vous, c’est l’hypophyse qui déclenche la phase folliculaire. La progestérone produite par le corps jaune a justement pour rôle de bloquer la production d’hormones folliculostimulantes et lutéinisantes afin d’éviter de repartir sur une phase folliculaire, ce qui empêcherait la gestation.

Le corps jaune reste fonctionnel pendant une douzaine de jours encore, avant d’être détruit par une nouvelle hormone, la prostaglandine, s’il n’y a pas eu de fécondation. La progestérone n’étant plus produite, l’hypophyse recommence à produire l’hormone folliculostimulante, et un nouveau cycle redémarre.

En revanche, si l’ovule a été fécondé, le corps jaune reste fonctionnel et continue de produire de la progestérone afin de permettre la gestation. Il ne sera détruit qu’un mois après le début de la gestation. Il sera à ce moment-là remplacé par de tous autres mécanismes afin que le taux de progestérone reste suffisant jusqu’au poulinage.

1) L’hypophyse secrète une hormone folliculostimulante, qui déclenche la phase folliculaire.
2) Le follicule mûrit et produit des oestrogènes.
3) Arrivé à un certain niveau d’oestrogènes, l’hypophyse envoie un pic d’hormone lutéinisante. L’ovulation se déclenche alors.
4) Suite à l’ovulation, le corps jaune produit de la progestérone, qui bloque les sécrétions de l’hypophyse. Une fois le corps jaune détruit, l’hypophyse reprend son rôle.

Le corps jaune persistant

Sur une jument vide, il arrive parfois que le corps jaune ne soit pas détruit en temps et en heure. De ce fait, il continue de produire de la progestérone, et le cycle reste bloqué sur la phase lutéale. Les chaleurs de la jument ne se re-déclenchent donc pas, et il n’est pas possible de la faire féconder.

Aussi, si vous souhaitez faire pouliner votre jument mais qu’elle ne présente pas de signes de chaleurs pendant plus de 3 semaines, nous vous recommandons de la faire examiner par le vétérinaire.

Il peut s’agir de la persistance du corps jaune comme nous venons de le voir, mais aussi d’une jument pleine, d’une inactivité ovarienne due à la saison hivernale ou, tout simplement, de chaleurs silencieuses (le cycle est normal mais la jument ne présente pas les signes cliniques habituels des chaleurs).

S’il est prouvé qu’il s’agit d’un corps jaune persistant, le vétérinaire pourra procéder à une injection de prostaglandine. Cette hormone entraînera la destruction du corps jaune, et donc l’arrêt de la production de progestérone. L’hypophyse recommencera à secréter l’hormone folliculostimulante, et le cycle de la jument repartira sur la phase folliculaire.

Et les règles alors ?!

Vous l’aurez sûrement compris, les juments n’ont pas de règles. D’ailleurs, rares sont les mammifères dotées de menstruations, la femme fait partie des très rares exceptions. Ô joie !

Pour mieux comprendre, chez la femme la muqueuse utérine s’épaissit durant la phase folliculaire sous l’action des œstrogènes, et encore davantage après l’ovulation, pendant la phase lutéale (sous l’action de la progestérone). Ceci, afin de préparer un petit nid douillet à l’hypothétique embryon.

Mais s’il n’y a pas de fécondation, le cycle ovarien de la femme prévoit une phase que l’on ne retrouve pas chez la jument : la phase menstruelle. La muqueuse utérine est détruite progressivement, pendant quelques jours : ce sont les fameuses règles.

Chez la jument en revanche, la muqueuse utérine ne s’épaissit que s’il y a bien une fécondation. La phase menstruelle n’a donc pas lieu d’exister.

Les chaleurs douloureuses

Modification de comportement

Sous l’influence des œstrogènes, il est courant de remarquer une différence de comportement chez la jument durant la phase folliculaire (période des chaleurs).

Si cela reste généralement tout à fait gérable, chez certaines juments les symptômes sont plus importants : sautes d’humeur, sensibilité dans la région des reins, raideurs, agressivité, stress, dorsalgie, et même coliques ou coups de sang !

Ces comportements sont la manifestation de douleurs réelles de la part de votre jument. Nous vous recommandons de demander un examen gynécologique à votre vétérinaire afin qu’il puisse en trouver la cause. Il peut s’agir de kystes ovariens, de follicules de grosse taille, d’une ovulation douloureuse, d’une inflammation du vagin, d’une tumeur… et de bien d’autres choses encore !

Soulager sa jument pendant les chaleurs

Pour soulager efficacement sa jument, le mieux est encore d’en connaître précisément la cause grâce à un examen gynécologique.

Il est ensuite possible de lui un traitement hormonal visant à couper son cycle ou à provoquer l’ovulation, ou encore de lui suturer la vulve (vulvoplastie).

Il est également possible de donner à votre jument une cure de plantes, en complément de sa ration habituelle. Voici une liste non exhaustive de plantes pouvant s’avérer intéressantes : la mélisse (vertu apaisante), la verveine (propriété calmante), le millepertuis (propriété calmante), le houblon (tempère les pulsions sexuelles), la marjolaine (propriété antispasmodique), la camomille (propriété calmante et antispasmodique), les graines de gatillier (régulateur hormonal) ou encore la bourse à paster (réduit la production d’oestrogènes). Et bien d’autres encore !

Donner à la jument souffrante un complément alimentaire contenant des antioxydants est également pertinent. En effet, les antioxydants vont aider le corps du cheval à mieux fonctionner et à produire moins de déchets, et donc de retrouver un fonctionnement métabolique optimal.

Enfin, des séances de shiatsu et/ou d’ostéopathie douce pourront également soulager votre jument.

Et vous, avez-vous une jument sensible pendant les chaleurs ? Comment la soulagez-vous ?

Cavalière depuis toujours, je suis l'heureuse propriétaire d'une adorable jument champagne : Joye ! En parallèle à Cheval Partage, je travaille en tant que rédactrice et conceptrice de sites Internet freelance.

  • site Internet
  • twitter
  • facebook
  • instagram
  • youtube

Poster un commentaire

Ces articles peuvent également vous intéresser :

Faire naître un poulain : quels critères regarder chez sa jument ?

Faire naître, puis voir grandir le poulain de sa propre jument, peut faire rêver. Toutefois la mise à la reproduction demeure un projet qui demande réflexion et anticipation. Étant moi-même passée par là avec ma propre jument, j’ai eu envie […]

Lire la suite

Les soins post-poulinage : le cas de la poulinière

Qui n’a jamais rêvé d’assister à la naissance d’un poulain ? Que cela soit une première ou une activité régulière, cette étape de la reproduction reste source de stress et d’émotions pour la personne qui s’en occupe. Or, le travail […]

Lire la suite

castration d'un étalon

La castration : ce qu’il faut savoir

La castration du cheval est un acte qui vise à retirer les capacités du cheval à se reproduire. Le but est donc de retirer les testicules afin de supprimer la production des hormones sexuelles (notamment la testostérone) et de spermatozoïdes. […]

Lire la suite

  • Suivez-nous sur les réseaux sociaux

    6 Partages
    Partagez6
    Enregistrer
    Tweetez