Sommaire de l'article
- 1. Les 2 types de besoins de ton cheval
- 2. L’eau, le besoin n°1 (et le plus oublié)
- 3. L’énergie, son carburant
- 4. Les protéines, ses matériaux de construction
- 5. Les fibres, la base de tout
- 6. Les minéraux : le sel avant tout
- 7. Les vitamines
- 8. Les besoins chiffrés de ton cheval
- 9. Calcule sa ration, pas à pas
- Le calculateur express
- Et pour les cas particuliers ?
- Questions fréquentes
- Ton œil vaut toutes les calculettes
Tu regardes le sac de granulés, tu lis “UFC”, “MADC”, “Ca/P”, et tu as l’impression de déchiffrer une langue étrangère. Ta copine d’écurie donne 2 kg de floconnés, la voisine de box jure par la luzerne, et toi, tu te demandes simplement si ton cheval mange ce dont il a besoin. Pas trop, pas trop peu. C’est une question que toutes les propriétaires se posent un jour, et c’est plutôt bon signe : ça veut dire que tu prends soin de lui.
Bienvenue au club. Rassure-toi, pas besoin d’un diplôme d’ingénieur agronome pour nourrir correctement ton cheval. On va remettre les choses dans l’ordre, besoin par besoin, puis calculer une vraie ration ensemble. Et à la fin, tu as même un petit calculateur pour faire le point en 2 clics :
- L'eau et le fourrage passent avant tout le reste.
- Un cheval de 500 kg au repos a besoin d'environ 4 UFC et 270 g de MADC par jour.
- Il lui faut 1,5 à 2% de son poids vif en matière sèche de fourrage, soit environ 9 à 12 kg de foin.
- Le sel est le besoin le plus souvent oublié : environ 25 g par jour au repos.
- Les granulés ne servent qu'à compléter ce que le fourrage n'apporte pas.
1. Les 2 types de besoins de ton cheval
Pour s’y retrouver, on sépare les besoins de ton cheval en 2 parts.
Les besoins d’entretien, c’est le minimum pour qu’il garde son état actuel : respirer, digérer, maintenir sa température, renouveler ses cellules. Un cheval qui ne fait rien de la journée les a quand même. Ils dépendent surtout de son poids, de sa race (un pur-sang dépense plus qu’un cob) et de son âge.
Les besoins de production, c’est tout ce qui s’ajoute par-dessus : le travail, la croissance d’un jeune, la gestation, l’allaitement… ou la prise de poids quand un cheval doit se remplumer.
Les 2 additionnés donnent les besoins totaux de ton cheval. C’est à ça que sa ration doit répondre.
2. L’eau, le besoin n°1 (et le plus oublié)
On en parle rarement, et pourtant c’est le plus vital. Un cheval de 500 kg boit en général entre 20 et 60 litres par jour. Ça varie énormément selon :
- ce qu’il mange : un cheval au foin boit beaucoup plus qu’un cheval au pré, car l’herbe fraîche contient déjà beaucoup d’eau ;
- la météo : quand il fait chaud, ses besoins peuvent doubler ;
- le travail : un cheval qui transpire perd beaucoup d’eau.
Un cheval qui ne boit pas assez s’expose aux coliques, notamment l’hiver quand l’eau est glacée et qu’il boude l’abreuvoir. Alors vérifie régulièrement que l’eau est propre, accessible et pas gelée. Si tu as un doute, un abreuvoir à niveau constant ou un seau dont tu surveilles le niveau te dira vite combien il boit.
3. L’énergie, son carburant
L’énergie, c’est ce qui permet à ton cheval de vivre, de bouger, de garder sa température et de travailler. Chez l’humain, on compte en calories. Chez le cheval, on utilise l’UFC (Unité Fourragère Cheval) : 1 UFC correspond à l’énergie apportée par un kilo d’orge de référence.
D’où vient cette énergie ? En grande partie… des fibres. Ton cheval ne digère pas lui-même la cellulose du foin : ce sont les milliards de bactéries de son gros intestin qui la font fermenter et la transforment en énergie. C’est pour ça que le fourrage peut couvrir à lui seul les besoins d’un cheval peu sollicité.
Le reste vient de l’amidon (dans les céréales et la plupart des granulés) et des matières grasses (huiles, graines de lin…). L’amidon donne une énergie rapide, mais en trop grande quantité, il dérègle la digestion. Les matières grasses apportent beaucoup d’énergie dans peu de volume, avec moins de risques. Si le sujet t’intéresse, j’ai décrypté l’alimentation sans céréales dans un autre article.
Sur l’étiquette de ton sac de granulés, la valeur en UFC par kilo est (normalement) indiquée. C’est elle qui te permet de savoir combien en donner.
4. Les protéines, ses matériaux de construction
Les protéines servent à construire et réparer : muscles, sabots, poils, peau, hormones, anticorps… On les mesure en MADC (Matières Azotées Digestibles Cheval), en grammes.
Une fois digérées, elles sont découpées en acides aminés. Certains, ton cheval sait les fabriquer. D’autres, dits “essentiels”, doivent obligatoirement venir de l’alimentation. Le plus connu, c’est la lysine, souvent mise en avant sur les sacs pour les jeunes et les chevaux de sport.
Plus de protéines ne veut pas dire plus de muscles. Au-delà de ses besoins, ton cheval ne stocke pas le surplus : il l’élimine, en partie dans les urines (d’où l’odeur d’ammoniaque forte dans certains box). Ce qui compte, c’est la qualité des protéines et le travail qui va avec.
5. Les fibres, la base de tout
On en a déjà parlé : ton cheval est fait pour mâchouiller des fibres 14 à 16h par jour. Elles nourrissent sa flore intestinale, font fonctionner son transit, usent ses dents régulièrement et protègent son estomac en le gardant occupé.
Le repère à retenir : 1,5 à 2% de son poids vif en matière sèche de fourrage par jour. La matière sèche, c’est ce qui reste quand on enlève l’eau. Le foin en contient environ 85%. Pour un cheval de 500 kg, ça fait 7,5 à 10 kg de matière sèche, soit environ 9 à 12 kg de foin.
Foin précoce ou tardif, enrubanné, luzerne, paille, branchages… pour choisir le bon fourrage, tout est dans le guide des fourrages.
6. Les minéraux : le sel avant tout
Le sel, le grand oublié
C’est le besoin le plus souvent mal couvert. L’herbe et le foin n’apportent presque pas de sodium, alors que ton cheval en a besoin pour boire correctement, faire fonctionner ses muscles et ses nerfs. Il en perd en plus énormément dans la sueur.
Les besoins sont d’environ 25 g de sel par jour au repos pour un cheval de 500 kg (à peu près une cuillère à soupe), et ils peuvent grimper à 50 ou 60 g pour un cheval qui travaille et transpire beaucoup.
La pierre à sel est une bonne base, et tu peux même fabriquer la tienne. Mais certains chevaux la lèchent très peu et ne couvrent pas leurs besoins avec. Si ton cheval travaille ou s’il fait chaud, ajouter du sel directement dans sa ration est souvent plus sûr.
Calcium et phosphore : un duo à équilibrer
Ce sont les 2 principaux minéraux des os. Ce qui compte, c’est autant leur quantité que leur équilibre : il faut toujours plus de calcium que de phosphore dans la ration, idéalement 1,5 à 2 fois plus.
Les céréales sont riches en phosphore et pauvres en calcium, la luzerne fait l’inverse. Un cheval nourri avec beaucoup de céréales et un foin moyen peut vite se retrouver déséquilibré, ce qui fragilise ses os sur le long terme. Chez les jeunes en croissance, c’est particulièrement important.
Les oligo-éléments
Zinc, cuivre, sélénium, manganèse, iode… Ton cheval en a besoin en toutes petites quantités, mais ils sont indispensables. Leur teneur dans le fourrage dépend beaucoup du sol où il a poussé, et en France, beaucoup de sols manquent de sélénium.
Les granulés du commerce en contiennent en général. Si ton cheval ne mange que du foin, un complément minéral et vitaminé (CMV) est souvent une bonne idée. Attention en revanche à ne pas cumuler les compléments sans réfléchir : certains oligo-éléments, comme le sélénium, deviennent toxiques en excès.
7. Les vitamines
Les vitamines participent à presque tout : immunité, muscles, vision, os, système nerveux. La bonne nouvelle, c’est que ton cheval en produit une partie lui-même.
- La vitamine C : il la fabrique lui-même.
- Les vitamines B et K : elles sont produites par les bactéries de son intestin, tant que sa flore va bien.
- La vitamine D : elle se forme dans la peau grâce au soleil. Un cheval qui sort peu peut en manquer.
- Les vitamines A et E : elles viennent de l’alimentation, surtout de l’herbe fraîche. Le foin en contient beaucoup moins, et il en perd encore en vieillissant.
Résultat : un cheval qui a accès à un bon pré couvre en général ses besoins. Un cheval au box et au foin l’hiver, lui, a souvent besoin d’un apport en vitamines A et E. La vitamine E est particulièrement importante pour les muscles, notamment chez les chevaux de sport.
8. Les besoins chiffrés de ton cheval
Voici des ordres de grandeur pour un cheval de selle adulte de 500 kg. Ce sont des repères : chaque cheval est différent.
| Niveau d’activité | Énergie (UFC/jour) | Protéines (MADC/jour) | Calcium | Phosphore | Sel |
|---|---|---|---|---|---|
| Repos (entretien) | environ 4 | environ 270 g | 20 g | 14 g | 25 g |
| Travail léger | environ 5,5 | environ 400 g | 30 g | 18 g | 35 g |
| Travail moyen | environ 7 à 8 | environ 550 g | 35 g | 21 g | 45 g |
| Travail intense | environ 8,5 à 10 | environ 650 à 700 g | 40 g | 29 g | 60 g |
Pour savoir où se situe ton cheval :
- Travail léger : 1 à 3h par semaine, surtout au pas et au trot, balades tranquilles.
- Travail moyen : 4 à 6h par semaine, avec du galop, un peu de saut ou de dressage.
- Travail intense : entraînement quotidien et soutenu, compétition régulière, endurance.
Fais toujours la moyenne sur la semaine. Une grosse séance le dimanche ne transforme pas un cheval de loisir en athlète.
9. Calcule sa ration, pas à pas
Prenons Tornade, une jument de 520 kg qui travaille environ 5h par semaine : 2 séances sur le plat, une séance d’obstacle et une balade. Elle est en état correct et on veut qu’elle y reste.
Étape 1 : Pèse ton cheval
Le ruban barymétrique donne une bonne estimation. Profites-en pour noter son état corporel, je t’explique comment faire dans l’article pour évaluer l’état de ton cheval. Pour Tornade : 520 kg, état correct.
Étape 2 : Évalue son niveau de travail
En moyenne sur la semaine, Tornade est au travail moyen.
Étape 3 : Estime ses besoins
D’après le tableau, en ajustant un peu pour ses 20 kg de plus, Tornade a besoin d’environ 7,3 UFC et 570 g de MADC par jour.
Étape 4 : Commence par le fourrage
On part sur 10 kg de foin de qualité moyenne. Un foin de prairie apporte en général autour de 0,45 UFC et 35 g de MADC par kilo (l’idéal, c’est de le faire analyser). Les 10 kg de foin apportent donc environ 4,5 UFC et 350 g de MADC.
Étape 5 : Complète ce qui manque
Il manque environ 2,8 UFC et 220 g de MADC. Avec des granulés qui apportent 0,9 UFC et 80 g de MADC par kilo (regarde l’étiquette de ton sac), il faut environ 3 kg de granulés par jour, répartis en 2 ou 3 repas. Jamais plus de 2 kg par repas : l’estomac du cheval est petit et supporte mal les gros apports d’un coup.
On ajoute environ 45 g de sel par jour, et le tour est joué.
Étape 6 : Surveille et ajuste
Le calcul te donne un point de départ. Regarde Tornade vivre : son état corporel, son énergie au travail, son poil, ses crottins. Si elle s’arrondit, on réduit les granulés. Si elle s’affûte trop, on augmente. Et on refait le point à chaque changement de saison ou de rythme de travail.
Le calculateur express
Pour avoir une estimation rapide des besoins de ton cheval, entre son poids et son niveau de travail :
Estimation pour un cheval de selle adulte en bonne santé. Ne convient pas aux juments pleines ou allaitantes, aux poulains ni aux chevaux malades : pour eux, demande conseil à ton vétérinaire.
Et pour les cas particuliers ?
Les repères ci-dessus concernent un cheval adulte en bonne santé. Certains chevaux ont des besoins bien différents :
- La jument pleine ou suitée : ses besoins explosent en fin de gestation et pendant l’allaitement. Tout est détaillé dans l’article sur la gestation et le poulinage.
- Le cheval âgé : il digère moins bien et a souvent des soucis de dents. Quelques ajustements font une vraie différence, je t’en parle dans l’article sur le cheval senior.
- Le cheval qui maigrit : avant d’augmenter les granulés, il faut comprendre pourquoi. Voici les pistes à explorer.
- Le cheval en surpoids : on réduit l’énergie sans jamais réduire le fourrage en dessous du minimum. Toutes les astuces sont dans l’article sur l’obésité du cheval.
Questions fréquentes
Combien de foin faut-il donner à un cheval par jour ?
Combien d'eau boit un cheval par jour ?
Faut-il donner du sel à son cheval ?
Mon cheval a-t-il besoin de granulés ?
Ton œil vaut toutes les calculettes
Les chiffres, c’est rassurant. Mais le meilleur indicateur, c’est ton cheval lui-même : son état, son poil, son énergie, son humeur. Tu le connais mieux que n’importe quel tableau.
Sers-toi des calculs comme d’une boussole : ils t’orientent, et c’est toi qui ajustes. Et si tu as un doute, notamment pour un cheval malade, âgé ou difficile à garder en état, fais-toi accompagner par ton vétérinaire ou un nutritionniste équin. Ton cheval te dira merci (à sa façon) 😉
Et toi, tu as déjà calculé la ration de ton cheval ? Raconte-moi en commentaire si les chiffres t’ont surprise.
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