Publié le 08/03/2017
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Catégorie : Maladies et blessures

Maladies et blessures La PSSM, qu’est-ce que c’est ?

Si vous suivez un peu les pages facebook ou sites de divers élevages qui proposent leurs étalons à la monte, vous aurez sans doute lu ou entendu l’affirmation « testé négatif à la PSSM ». Si beaucoup de particuliers ignorent ce dont il s’agit, sachez que les éleveurs y accorde une très grande importance ! Mais alors, qu’est-ce que c’est ? Pourquoi on en parle aujourd’hui ? Et pourquoi est-ce visiblement si important ?

Décryptage de la maladie

La PSSM est un acronyme pour désigner la Myopathie à Stockage de Polysaccharide (Poly-Saccharide Storage Myopathy). Il s’agit en fait d’une maladie musculaire qui affecte de nombreuses races de chevaux. Chez les chevaux atteints de PSSM, il y a un stockage anormal des glucides complexes, et notamment de glycogène, dans les muscles striés squelettiques.

En temps normal, une partie du glucose circulant est utilisé comme énergie pour le muscle, et une autre partie est transformé par une enzyme, la glycogène synthétase, en glycogène, une forme plus adaptée au stockage du glucose. Ce glycogène est donc ensuite stocké dans le muscle, mais ne peut pas être utilisé par le muscle pour produire de l’énergie.

Dans le cas de la PSSM, la quantité de glycogène formée est trop importante (environ 1.8 fois plus que chez un cheval « sain »), il n’y a donc plus assez de glucose disponible. En résumé, une grosse partie du glucose qui est normalement utilisé pour faire fonctionner le muscle, ne peut pas l’être car il est stocké. Par conséquent, le muscle s’épuise davantage au travail car il manque d’énergie. C’est ce mécanisme qui est à l’origine des myopathies.

A gauche : les fibres musculaires d’un cheval sain. A droite : celles d’un cheval atteint de PSSM, les zones foncées correspondant à des amas de glycgogène (© Michigan State University)

 

La PSSM de type I

Il existe plusieurs formes de PSSM. Il est toutefois difficile de réellement les distinguer, et l’origine de certaines reste encore floue.

La PSSM de type 1 est toutefois celle qui nous intéresse le plus actuellement, et pour lequel la mutation à l’origine de ce stockage est la mieux connue. Il s’agit en effet d’une mutation du gène de la GYS1 (Glycogen synthetase 1) qui conduit à la formation d’une GYS1 trop active : elle produit donc trop de glycogène, d’où l’augmentation du stockage.

Si dans la majorité des cas les chevaux atteints ne présentent pas de signes, l’épuisement du muscle suite au stockage excessif prédispose tout de même à l’apparition de coup de sang chez le cheval, ce qui peut s’avérer très débilitant par la suite pour le cheval. De nombreux autres problèmes peuvent également survenir, tels que la myopathie, des coliques à répétitions, des raideurs…

Les signes cliniques ainsi que la gestion de la maladie et ce qui en découle sont des processus compliqués, et feront l’objet d’un article détaillé.

Importance en élevage

Comme nous l’avons montré précédemment, la PSSM de type 1 a une origine génétique. Elle peut donc être transmise à la descendance. Et comme si cela ne suffisait pas, l’allèle muté est dominant, ce qui signifie qu’un cheval hétérozygote (donc portant un allèle « sain » et un allèle « muté ») peut être atteint. Et ce qui signifie aussi qu’il suffit que l’un des deux parents soit porteur pour le transmettre à la descendance : dans ce cas, vous aurez 50% de chance pour que votre poulain soit atteint par la PSSM.

En conséquence, c’est un élément important à prendre en considération en élevage. Aujourd’hui, nombre d’éleveurs se doivent de préciser que leur étalon ou leur jument a été testé négative à la PSSM1 de manière à informer les gens sur la qualité du poulain, et à limiter la propagation de cette maladie. Même si on a coutume de dire que les chevaux les plus touchés sont les chevaux américains (Quarter Horse notamment), les chevaux de trait et les chevaux de sang, la PSSM est en réalité présente chez de nombreuses races de chevaux et de poneys.

La PSSM est très présente chez les chevaux de trait

L’idéal serait donc de ne jamais faire reproduire de chevaux possédant cette mutation. Toutefois, si de plus en plus d’étalons sont testés et retirés de la reproduction lorsqu’ils sont porteurs, ce n’est que rarement le cas pour les juments, et notamment chez les particuliers !

Et pour cause, beaucoup de particuliers souhaitent faire reproduire leur jument non pas pour l’élevage en tant que tel ni pour la vente de leur produit, mais bien pour garder « une trace » de leur jument préférée. Et si le test en question n’est pas si cher (40€ environ) comparé au reste des dépenses engendrées par la naissance d’un poulain, cela peut rester un frein pour de nombreux propriétaires.

Enfin, il faut avouer que cette maladie est encore trop peu connue et trop peu diagnostiquée. Bien des particuliers (et même certains éleveurs) n’en ont jamais entendu parler ou minimisent les risques, et continuent donc de faire reproduire des chevaux atteints.

 

La PSSM aujourd’hui

On considère donc aujourd’hui que la PSSM peut toucher à peu près toutes les races de chevaux et de poneys. Elle est davantage connu chez les chevaux américains, car la connaissance de cette maladie est bien plus ancienne là bas que chez nous.

Il est fort probable que la quantité de chevaux porteurs de PSSM1 soit largement sous-évaluée en France et en Europe du fait de la nouveauté de ces tests.

A l’heure actuelle, on parle énormément de la PSSM en élevage. Le nombre de chevaux touchés est pourtant relativement variable et difficile à déterminer. Une étude américaine réalisée en 2007 estime que 6 à 12% des Quartes Horses aux Etats Unis sont porteurs de PSSM1 alors que ce nombre atteint 80% chez le Trait Comtois selon une autre étude. Depuis, il est possible que ce pourcentage ait encore diminué compte tenu des mesures prises pour retirer de la reproduction les chevaux porteurs.

Toutefois, si la maladie fait si peur aux éleveurs ainsi qu’aux acheteurs, c’est que les conséquences, même si elles sont assez rares, peuvent être graves.

Grâce aux nouveaux tests génétiques disponibles, il est désormais possible de savoir pour n’importe quel cheval s’il est porteur de la maladie ou non. C’est donc un véritable atout pour la prévention de cette maladie ! Si l’on en parle donc autant aujourd’hui, c’est dans l’espoir que cette maladie soit en quasi totalité éradiquée demain: si les chevaux porteurs ne se reproduisent plus, les poulains seront sains également, et la proportion de chevaux atteint diminuera au fil des générations.

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Commentaires publiés

19 commentaires.

  • Bonjour, bon article qui résume bien la maladie, mais :

    Le test coûte environ 40€/animal, il est donc très facilement accessible

    Vous devriez parler des conséquences : myosite, coup de sang, coliques a répétition, raideurs et réticences au travail, etc…

  • Comme je disais plus bas, je suis d’accord, il est très accessible, mais je peux comprendre les particuliers qui ne souhaitent pas forcément le faire … Le problème vient surtout de leur méconnaissance de la maladie pour la plupart. Je pense par contre que c’est relativement indispensable pour un éleveur!
    Concernant les conséquences, comme dit dans l’article, j’en parlerai dans un autre article qui arrive bientôt, car elles sont nombreuses et que le traitement est complexe! 🙂

  • Bonjour
    On vient de diagnostiquer la maladie à mon cheval mais j ai galéré pour faire le test .J habite la Belgique et j ai du envoyer des crins en Allemagne. Ça a coûté 238 € !!
    Vous parlez de 40 € , vous les faites ou ?

  • Bonjour, enfin on parle de la pssm1…. merci pour votre article…
    Quelques précisions. .. non , le teste pssm1 n’est pas cher, 40€, pas sûr non plus que les éleveurs testent plus que les particuliers, encore beaucoup se voilent la face, mais c’est vrai qu’ il il a des élevages sérieux, heureusement.
    Et oui toutes les races peuvent être touchées. …

  • Je suis bien d’accord, 40€, c’est loin d’être excessif, mais je comprends que les particuliers qui ne s’y intéressent pas particulièrement ne souhaitent pas le faire, parce que c’est « quand même 40€ » (même si en soit, quand on considère le prix total de mise à la reproduction d’une jument, c’est presque ridicule).
    En revanche, je vous rejoins, certains éleveurs ne le font pas, et je trouve ça bien dommage, car il en va de la production d’un grand nombre de chevaux …

  • Merci de votre réponse (que je viens juste de voir), j’ai précisé pour le prix car en vous lisant, je comprend que ça coûte bien plus de 40€ 🙂
    quant aux éleveurs, certains en sont pleinement conscient et font en fonction, d’autre s’en fichent royalement…

  • Bien ! On commence à en parler…. cela ne peut qu’être bénéfique pour la population équine.

  • Enfin le monde se réveille ! Merci !

  • Très bonne explication de la maladie pssm. L’an dernier, dans le cadre de mon rapport de stage bac pro, je devais expliquer et comprendre cette maladie car elle était présente sur mon lieu de stage et j’ai eus un mal fou a trouver de la documentation francophone… Cet article m’aurait bien aider haha !
    J’ai rencontrer plusieurs eleveurs qui connaissait cette maladie de nom mais personne n’a su me l’expliquer car peu la comprenne réellement.

  • Ahah ! J’avoue que je suis impressionnée par le travail de Lucare sur cet article ^^ Je suis certaine que ça va lui faire très plaisir de lire ton commentaire, merci pour elle ! 😀

  • Bonjour ,
    Je sais que les commentaires date de plus de un an, mais je tente quand même…
    je suis en dernière année d’ostéopathie animal et dans le cadre de mes études je dois effectuer un mémoire. Sur les troubles / pathologies hépatiques, mais je m’interesse Particulièrement au PSSM. Donc est-ce qu’il aurait des personnes ayant des cas reconnues ?

    Merci d’avance,

  • Bonjour !
    Bonne chance pour votre mémoire, j’espère que vous aurez des réponses. Peut-être pouvez-vous poster un message également sur notre page facebook

    ?

  • Bonjour. Mon cheval doit subir une intervention pour supprimer un sarcoide et dans le cadre du protocole pré opératoire ( anesthésie générale ) des prises de sang ont été effectuées. J ai eu la mauvaise surprise d’apprendre que mon cheval était certainement porteur de cette maladie au vu des résultats sanguins. L’école véterinaire de Nantes va procéder à un prélèvement de muscle pour faire une biopsie et déterminer à quel stade la maladie évolue. ce prélèvement sera fait pendant son opération . il sera envoyé ensuite à un laboratoire en Angleterre pour analyse et résultats . prélèvement + analyse = environ 250 euros. Si mon cheval n avait pas subit ce contrôle (pour son opération de Sarcoide ) je n aurais eu aucune suspicion. C’est un pur sang Arabe de 6 ans en parfaite condition et qui vient de se qualifier sur 60 km il y a 3 semaines… donc aucun signal pour détecter cette maladie. j attends la suite et voir comment gérer. … si vous avez des infos. Merci

  • Bon courage pour surmonter cette épreuve 🙁 Tenez-nous au courant pour la suite !

  • mon cheval est positif hétérozygote, pour le moment il va très bien

  • Bonjour, bon article qui résume bien la maladie, mais :
    Le test coûte environ 40€/animal, il est donc très facilement accessible
    Vous devriez parler des conséquences : myosite, coup de sang, coliques a répétition, raideurs et réticences au travail, etc…

  • Bonjour,
    En effet, le test ne coûte pas une fortune, c’est l’avantage quand même, mais malheureusement, certains élevages sont réticents à faire tester les juments, question de coût, pour leurs x juments…
    Pour les conséquences, c’est prévu dans un prochain article en effet !

  • Bonjour,
    Je suis désolée pour votre cheval…
    Effectivement, c’est le sens de cet article, avant que la maladie ne se déclenche, et à moins de faire le test, difficile de se rendre compte qu’il est atteint!
    J’espère que tout ira bien le plus longtemps possible pour le votre !

  • Bonsoir
    Je risque d’être dans la même situation. J’envisage d’acheter un poulain positif au pssm. Qu’en est il pour votre cheval ?
    Je n’arrive pas à prendre ma décision car j’ai vraiment eu un coup de cœur.

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