Un week-end aux Rencontres de la Cense – 1ère partie

Pour ceux qui ne le connaisse pas encore, le Haras de la Cense est LA référence en France de l’équitation éthologique. Racheté en 1980 par William Kregel, un amoureux des chevaux et de la nature, le lieu a d’abord été consacré à l’élevage de Quarter Horse, avant de se tourner vers l’équitation éthologique en 2000.

C’est l’arrivée de Pat Parelli, un des plus grands « chuchoteurs », puis de son élève Andy Booth, qui feront la renommée de la Cense et de son école. L’équitation éthologique est en plein boom en France, et le Haras de la Cense incarne ce développement.

Grâce à la connaissance et la compréhension du cheval et de son milieu, le Haras de la Cense propose une méthode ayant pour but de développer une relation homme-cheval harmonieuse, basée sur le respect et la confiance. Ceux qui adhèrent à cette philosophie peuvent y prendre des cours, des stages ou y mettre leur cheval en pension, mais aussi s’y former professionnellement grâce à une offre riche de diplômes et certifications.

 

Source : site internet lacense.com

 

Les Rencontres de la Cense

Tous les 2 ans, le Haras organise Les Rencontres de la Cense, 3 jours d’échanges et de partages autour du cheval. Cette année, pour sa 16ème édition, les Rencontres se sont déroulées du vendredi 15 au dimanche 17 Septembre, et se sont organisées autour de 3 journées bien distinctes :

  • Vendredi : journée de conférences et tables rondes sur la thématique « Grandir en humanité : cheval et éducation » ;
  • Samedi : journée de Masterclass sur 8 thématiques différentes allant du débourrage à l’optimisation de la performance à l’obstacle ;
  • Dimanche : journée portes ouvertes avec démonstrations, spectacles et ateliers d’éthologie

Pendant les 3 jours se déroulaient également le Salon du livre Équestre au sein du club house, une exposition de sculptures et peintures, ainsi que différents ateliers « Comprendre le Cheval » sur les journées de samedi et dimanche.

Mon emploi du temps m’a permis d’assister à l’après-midi de tables rondes de vendredi, et aux 2 dernières Masterclass du samedi. Voici un petit condensé de ce que j’ai appris.

 

Journée du vendredi

La thématique de l’après-midi était particulièrement intéressante à mon goût. Quatre tables rondes ont eu lieu pour permettre d’échanger autour de l’apprentissage, sous la houlette de Kamel Boudra.

William Kregel a ouvert l’après-midi en expliquant que le Haras de la Cense était un endroit ouvert sur la nature et l’innovation. L’objectif de ces Rencontres est pour lui de réunir les familles du monde du cheval de tous horizons, qui ont peu d’occasion de tous se rassembler, en mixant les profils et les générations.

C’est la source d’un grand enrichissement, et il y avait sur cette après-midi une volonté d’aborder des sujets vraiment sociétaux, pour interroger la place du cheval dans la société d’aujourd’hui.

 

1ère table ronde : Education et mécanismes d’apprentissage

Comment apprendre au cheval ? Comment enseigner à l’individu ? Quels enjeux pour le couple cavalier-cheval ?

Invités : Véronique Bartin (praticienne Méthode Alexander), Aude Caussarieu (fondatrice de l’association Sciences Equines), Caroline Godin (enseignante à la Cense), Thierry Pomel (sélectionneur jeunes cavaliers de CSO) et Nicolas Sanson (écuyer enseignant du Cadre Noir).

Cette première table ronde a rappelé l’importance pour nous, cavaliers et amoureux des chevaux, de chercher à comprendre le cheval et le connaitre pour parler le même langage que lui.

Grâce au travail de vulgarisation des éthologues ces 20 dernières années, nous disposons d’une grande somme d’informations qui doivent nous servir à apprendre le cheval pour pouvoir nous faire comprendre de lui, et lui apprendre en retour. Aude Caussarieu a précisé que le rôle des sciences de l’éducation et des sciences équines était justement de pouvoir permettre aux praticiens d’améliorer leur pratique et aux politiques de fonder leurs choix sur des faits établis, et non des opinions qui sont, par définition, subjectives.

Apprendre à un cheval, c’est aussi une question d’état d’esprit (mettre/conserver le cheval dans de bonnes dispositions) et de timing (toujours céder au bon moment pour qu’il associe le stimulus et la récompense).

Source : page Facebook La Cense

 

Il est également indispensable de prendre en charge ce que l’élève (ici, cavalier ou cheval) sait déjà même si cela n’est pas exact. Dans les 2 cas, l’élève fait appel à son corps, son esprit et ses sensations. Or, parfois, l’apprentissage passé, ou même les sensations, sont inexactes et il faut pouvoir en faire prendre conscience à l’élève afin de réapprendre le bon geste, la bonne sensation.

Dans la méthode Alexander pratiquée par Véronique Bartin par exemple, on travaille beaucoup sans le cheval pour redonner du sens à ses sensations et son corps avant de l’appliquer en selle. On apprend ainsi le « comment faire » pour atteindre un but et non le but tout de suite. Cela s’applique aussi au cheval, et plus tôt on installe les bons gestes, moins on ancre de mauvaises habitudes. Un humain enfant ou un jeune cheval mettront moins de temps à assimiler quelque chose, tandis que le même être plus âgé, chez qui se sont installés des conditionnements depuis des années, devront tout réapprendre.

Comme le précisait Nicolas Sanson, on ne peut pas désapprendre quelque chose à son cheval, on lui réapprend, sans garantie à 100% que les comportements passés ne resurgiront pas. D’un point de vue neuronal, les apprentissages créent de nouveaux schémas neuronaux, qu’il est par définition difficiles de reconstruire – on doit créer de nouveaux ponts. Il faut recréer des automatismes émotionnels, mentaux et corporels.

Cela souligne donc l’importance de se remettre en question, vérifier que l’erreur ne vient pas de nous, et surtout de redescendre en difficulté lorsqu’un cheval semble buter sur un exercice.

Avec l’expérience, on est capable de comprendre la cause de « mauvais » comportements. Coté cavaliers, il ne faut pas nier nos peurs, mais apprendre à les gérer en se fiant à ses sensations corporelles. Le rôle de l’enseignant est aussi de mettre ses élèves (équins et humains) en confiance pour optimiser l’apprentissage, en distinguant ce qu’ils sont capables de faire, mais aussi le fait qu’un cheval, contrairement à l’Homme, n’a de peurs que dans un espace/temps présent -il ne sait pas anticiper le futur.

Enfin, les intervenants ont souligné qu’un enseignant ne peut enseigner sans savoir, cela montre bien que chaque praticien doit réfléchir sur son savoir, sa pédagogie, et à la fois aimer les chevaux et les gens.

 

2ème table ronde : Apprentissage en autonomie  et nouvelles technologies

Quel encadrement pour progresser ? Quelles évolutions pédagogiques ?

Invités : Camille Saute (co-fondatrice d’Equisense), Manuel Godin (enseignant à La Cense), Francis Rebel (écuyer professeur), Coline Rual (doctorante en marketing), Eric Willemenot (fondateur de Move’n’See).

Cette table ronde était une suite logique de la première. Francis Rebel a commencé par rappeler l’importance d’expliquer comment le cheval/poney fonctionne pour bien faire progresser ses cavaliers et de toujours pratiquer des séances courtes, didactiques visant surtout à mettre en place des codes.

Coline Rual, doctorante en marketing qui étudie comment les technologies impactent les comportements des consommateurs sportifs (dont les cavaliers), a expliqué la complémentarité de ces objets connectés avec l’enseignement -qu’ils ne remplacent pas. Leur but est d’objectiver de l’information qui n’est pas toujours concrète pour le sportif, afin de lui faire prendre consciences de son action.

C’est par exemple le rôle de Motion, le capteur développé par Equisense, qui analyse la locomotion du cheval et fournit des informations sur la cadence, le nombre de sauts, le rebond, la symétrie… Mais aussi de Move’n’See, une caméra sur trépied relié par un bracelet GPS au sportif afin de filmer ses mouvements, et qui permet d’analyser à froid, sur vidéo, un comportement, une attitude, un geste et de progresser plus rapidement.

 

Source : page Facebook Haras de la Cense

 

L’influence de ces technologies sur l’apprentissage est importante. Manuel Godin expliquait par exemple que beaucoup de cavaliers profitent désormais des formations en ligne de La Cense pour se former, avant de venir en stage pour améliorer leurs acquis. Pour Move’n’See, la preuve a également été faite dans le monde du parachutisme, où la vidéo est devenue la norme dans toutes les écoles du monde en seulement 2 ans pour progresser 5 fois plus rapidement.

Les sportifs, et parmi eux les cavaliers (y compris amateurs), cherchent à comprendre, à analyser. Dans ce cadre, la vidéo devient un vrai support objectif en complément de l’apport de l’enseignant, qui peut aussi s’appuyer sur les objets connectés pour quantifier des progrès, planifier un entrainement et améliorer la communication avec ses cavaliers. Contrairement aux idées reçues, il y a dans l’équitation une vraie appétence pour ces technologies car nous avons un sport très ancien qui a poussé la technique très loin et nous incite à aller encore plus chercher de l’information, de la progression.

En équitation, la relation cavalier-cheval et enseignant-cavalier reste irremplaçable. Les technologies doivent donc être utilisées en support de débriefing, et non pendant une séance, pour ne pas perturber ces connexions. Ainsi, on pourra vivre pleinement sa séance de travail, puis ajuster les séances suivantes en fonction des observations faites lors du débriefing.

C’est aussi un moyen d’aiguiser le feeling du cavalier, et la qualité d’utilisation va dépendre de l’expertise des personnes qui s’en servent (cavaliers et enseignants). L’arrivée de l’intelligence artificielle fait débat, mais tout dépendra de ce que l’on en attend. Rien ne pourra remplacer un cerveau humain dans l’analyse subjective d’un sport (exemple : jugement artistique d’une RLM). Il appartient à chaque sportif, et chaque communauté sportive, de définir ce que la technologie peut et devrait leur apporter, car ce sont eux les acheteurs et utilisateurs.

 

3ème table ronde : Médiation avec le cheval : émotions et sensibilité animale

Comment le cheval nous éduque ?

Invités : Jean-Paul Capitani (fondateur Ecole Domaine du Possible), Anne-Sylvie Bameule (responsable activité cheval au Domaine du Possible), Déborah Baron (éthologue référente FFE).

Cette 3ème table ronde a été marquée par l’arrivée de Luc Ferry, invité d’honneur. Il a commencé par rappeler sa passion pour les animaux et le statut multiple du cheval dans notre histoire agricole, guerrière, sportive et éducative. C’est un animal qui suscite des passions comme aucun autre et tient une place extraordinaire dans l’imaginaire humain. Concernant l’éducation, il a précisé la place du périscolaire (qui doit faire la fonction entre l’école et la famille) et la différence entre l’éducation intellectuelle et morale -dans laquelle les animaux ont un rôle à jouer.

Si Luc Ferry est d’accord pour dire que l’Education Nationale n’est pas parfaite, il a expliqué à plusieurs reprises les difficultés que changer l’Education Nationale pose (au niveau économique, humain,…). Par exemple, supprimer 1h de mathématiques au programme d’une année revient à supprimer 1h x 4000 enseignants = 4000 heures de cours et donc beaucoup de postes. Il rappelle toutefois que les écoles publiques et privées bénéficient des mêmes financements, et encourage les pédagogies variées (ex: développement de Montessori en France). Avec 12.5 millions d’enfants à scolariser, il reconnait la difficulté de construire des parcours individualisés dans le public -pour lesquels il a plaidé en tant que Ministre.

Source : page Facebook du Haras de la Cense

 

C’est aussi de ce constat qu’est parti Jean-Paul Capitani pour fonder l’école Domaine du Possible, une école allant de la primaire au lycée dans laquelle l’approche est différente.

Cette école est construite sur une propriété familiale agricole où se trouvaient des chevaux, c’est ainsi que l’idée d’organiser au sein de l’école des occasions de contact avec les chevaux est venue. Les enfants ont besoin de comprendre pour se construire, l’école travaille donc sur la relation à cet animal qui ne juge pas, n’a pas d’à priori mais un vrai désir de communiquer et beaucoup d’affection.

Il permet aux enfants de s’ouvrir, et peut constituer un support pédagogique pour bien des matières : géométrie, mathématiques, géographie, histoire… Au sein de cette école, les enfants étudient les matières académiques le matin, puis passent l’après-midi sur des ateliers divers et font le soir « le compostage », afin de vérifier les acquis du matin. Tous témoignent de plus de facilité à apprendre grâce à cette méthode.

Coté FFE, le projet éducatif est indispensable au projet sportif. Les parents amènent leurs enfants à l’équitation pour les valeurs que ce sport porte : solidarité, collaboration (comme les autre sports) mais aussi souci de la nature et de l’environnement, bien-être… C’est aussi une activité qui accueille de plus en plus de publics handicapés, en réinsertion, du 3ème âge… La FFE accompagne les structures qui se développent et les personnes qui souhaitent se former.

Le cheval se pose en médiateur, grâce à sa capacité à percevoir des signaux de manière volontaire ou non. Le cheval ne possédant pas la verbalisation, il utilise et capte le langage corporel. Il faut donc être avec lui dans le moment présent. Il n’a pas la capacité à faire quelque chose pour nous embêter, s’il répond mal cela nous oblige donc à nous remettre en question. Cette relation mobilise les fonctions cognitives, motrices et émotionnes, ce qui est un vrai support d’éducation et d’évolution pour les publics particuliers.

 

Retrouvez la suite de cet article dans un second article présentant la quatrième table ronde et les Masterclass du samedi.

> Voir notre article : « Les rencontres de la Cense – 2ème partie« 

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