J’ai testé pour vous : s’initier à l’attelage


L’attelage est une discipline qui m’attirait depuis de plusieurs années et ayant eu quelques occasions de me rapprocher de la discipline de manière superficielle, je souhaitais me familiariser correctement et dans les règles de l’art à cet univers.

Découvrir un autre rapport aux chevaux et repartir de presque 0 dans un nouveau domaine s’est révélé à la fois passionnant et exaltant !

C’est au Domaine Équestre de Stambach (67), près de Saverne, que je me suis rendue en juillet 2014 pour participer à un stage d’initiation à l’attelage sur deux jours. L’instructeur Pierre Jacob y propose des formations complètes et adaptées à chacun. Le cadre est idyllique et les chevaux de vrais maîtres d’école : tous les ingrédients sont réunis pour passer un stage inoubliable et enrichissant ! Je vous propose ici un petit aperçu de ce stage.

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Première journée : introduction à la discipline

Rendez-vous à 9h au club-house pour commencer notre stage : nous sommes un petit groupe de 5 personnes. Très vite nous sympathisons, nous avons chacun des profils et des parcours équestres différents offrant ainsi l’opportunité de faire de belles rencontres.

Une partie théorique le matin, puis pratique l’après-midi nous attendent.

Les bases théoriques pour bien commencer : le matériel

Pierre Jacob débute la formation par les bases les plus élémentaires : connaître le matériel et savoir quel est le rôle de chaque partie du harnachement. En attelage, le harnachement a de nombreuses fonctions qu’il faut comprendre en théorie afin de pouvoir dans un second temps les placer correctement sur le cheval et effectuer les bons réglages en pratique.

Quatre grandes parties constituent le harnais, chacune ayant un rôle propre :

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  • La sellette

La sellette se place un peu plus en arrière que la selle, à environ une largeur de main derrière le garrot.

Elle a un rôle d’équilibre et de direction en maintenant la voiture et en permettant de la conduire où l’on souhaite.

En aucun cas la sellette ne doit servir à tirer la voiture ! Le meneur doit être très vigilant lors des réglages du harnais sur la voiture. Cela peut entraîner douleurs, blessures et écœurement du cheval.

  • Le reculement

Le reculement encadre la croupe et l’arrière-main du cheval. L’avaloire se place entre la pointe et le creux de la fesse, ce sont les barres de fesse qui permettent le réglage de la hauteur de l’avaloire.

Cette partie a un rôle de frein : le cheval va retenir la voiture, grâce à l’avaloire, dans les descentes et durant les arrêts avec son arrière-main.

  • La bricole

La bricole se place autour du cou et au niveau du poitrail du cheval.

Elle va permettre au cheval de tirer la voiture grâce aux traits. Ces derniers relient le blanchet au palonnier de la voiture.

Le palonnier est une pièce mobile de la voiture qui suit les mouvements des épaules du cheval, évitant ainsi frottements et blessures.

Le bricole est parfois également remplacée par un collier.

  • La bride

La bride se place sur la tête du cheval. Elle est plus ajustée qu’un filet classique, par mesure de sécurité. Le cheval ne doit pas avoir la possibilité de retirer sa bride.

Elle a un rôle de direction. Les œillères ainsi que le mors de bride doivent être correctement ajustés pour s’adapter au mieux au profil du cheval. Le mors de bride permet un meilleur contrôle et une plus grande précision d’action, il est indispensable, le meneur se trouvant à plusieurs mètres derrière le cheval/ les chevaux qu’il dirige.

Pierre Jacob ne manque pas durant toute cette présentation de nous détailler les évolutions historiques, de nous raconter des anecdotes personnelles et son propre avis à propos de débats encore en cours dans ce milieu, rendant la formation animée et créant un réel échange avec ses élèves.

La tenue des guides

Après cette introduction au matériel, Pierre Jacob nous familiarise immédiatement avec la tenue des guides. Un système d’entraînement est mis en place dans le club-house afin d’observer les tenues de chacun, de se corriger et de nous entraîner sanIMGs abuser de la patiente d’un cheval. Un poids est attaché à chaque extrémité des guides afin de contrôler la  tension que nous exerçons sur chacune. Ne pas avoir la même tension dans les guides signifierait en pratique faire tourner involontairement l’attelage dans une direction.

Différentes tenues de guides existent, selon les habitudes du meneur, l’action souhaitée, la discipline pratiquée. Pour cette formation l’instructeur nous enseigne la tenue de guides au carré, qui est la tenue basique et traditionnelle.

 

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Tenue de guides au carrée

De nouvelles habitudes sont en prendre pour les cavaliers. Il faut pouvoir passer d’une position de tenue de guides à deux mains à une main en respectant des étapes précises. Rien ne doit se faire dans la précipitation, car on prend le risque de laisser filer une guide involontairement et de perdre le contrôle de l’attelage. Nous passons un moment à nous entraîner à tour de rôle à tenir les guides correctement ainsi qu’à l’utilisation de la guide d’appui pour diriger son attelage (la rêne d’ouverture n’est pas utilisée). Les plus téméraires feront les manipulations avec le fouet dans la main droite, compliquant ainsi encore davantage l’exercice.

Toutes ces étapes et règles de tenue des guides sont évidemment un gage de sécurité pour l’attelage et de confort pour le cheval.

 

Garnir son cheval

L’après-midi démarre par la préparation de deux attelages : en simple avec la merveilleuse jument frisonne Gerdina et en double avec les Kladruber Ya Ché et Amigo. Pierre Jacob nous explique dans quel ordre chaque partie doit être installée puis les réglages à effectuer : tout d’abord la sellette, puis le reculement, la bricole, la bride, et en dernier attacher les guides au mors.

DSC03318Plusieurs éléments sont à vérifier : la sellette doit être correctement fermée sans être trop serrée. La croupière ne doit pas provoquer de tensions en étant trop ajustée, la boucle ne doit pas blesser le couard lors de la mise en place. Le blanchet de la bricole ne doit pas appuyer sur la pointe de l’épaule mais être légèrement au-dessus. Enfin, le mors de bride doit être réglé après le réglage des œillères (les deux systèmes étant reliés). 2 à 3 plis au niveau de la commissure des lèvres permettent de déterminer si le mors est correctement ajusté.

Différentes règles de sécurité sont à respecter tout au long de la mise en place du matériel : aucune courroie ne doit pendre, les boucles doivent être correctement fermées et le surplus du réglage glissé dans les passants, les guides ne doivent pas traîner au sol, un nœud de sécurité doit être impérativement fait.

Il faut prendre son temps pour s’assurer de n’oublier aucune étape.

Atteler et dételer

Une fois garnie nous amenons les chevaux sur la place centrale du domaine pour les atteler aux voitures. Comme le souligne Pierre Jacob : « Chez moi, on amène pas le cheval à la voiture, mais la voiture au cheval ». Ce sont donc les grooms et meneurs qui doivent manipuler la voiture pour la mettre correctement au cheval.

Il est indispensable d’être au moins à deux pour atteler et dételer un cheval en tout sécurité.

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Pour un attelage en simple le cheval est encadré de brancards. Ces derniers doivent êtes relevés lors de la manipulation de la voiture, puis descendues en douceur lorsque la voiture est correctement en place derrière le cheval. Les brancards se glissent ensuite dans les bracelets de brancards se situant sur la sellette. Le meneur peut ensuite boucler la sous-ventrière (sangle de sécurité). Il faut ensuite attacher les traits au palonnier. Enfin, il faut fixer et ajuster les courroies de reculement.

Pour l’attelage en paire il n’y a pas de brancards mais un timon (un longue barre métallique) qui passe entre les deux chevaux. Il n’y a pas de reculement, une chainette relie la bricole au bout du timon, permettant ainsi au cheval de retenir la voiture.

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Pour dételer, il faut respecter chacune des étapes dans l’ordre inverse d’attelage.

Après avoir atteler nous partons pour une belle balade dans la forêt de Saverne afin de nous familiariser avec les différents gestes du meneur. A tour de rôle nous prenons les guides et mettons en pratique ce que nous avons appris le matin sur le simulateur au pas et au trot. Les chevaux, d’une grande patience, ne manquent pas de nous pardonner nos quelques erreurs et mauvaises manipulations.

Deuxième jour : précision et dosage au programme

Pour cette seconde journée nous passons une partie de la matinée à découvrir les différentes voitures, puis nous passons rapidement à la pratique en attelant et dételant différents chevaux pour enregistrer au mieux les gestes. Enfin, nous passons à la conduite sur un parcours de maniabilité.

Les différents types de voitures

Pierre Jacob vend directement sur place le matériel nécessaire à l’attelage ainsi que différents modèles de voitures : l’occasion pour notre groupe de découvrir les différentes voitures ainsi que les parties qui les composent (le matériel est visible sur leur site internet Ventes Calèches). La voiture ainsi que le matériel ont connu de très nombreuses évolutions au cours des siècles (voir l’article L’attelage : une discipline chargée d’histoire), chaque modèle a donc une histoire et une utilité qui lui est propre.

Le sulky, la voiture marathon ainsi que la phaeton (ci-dessous dans l’ordre) bénéficient aujourd’hui d’un modernisme apprécié des meneurs : sièges chauffants, harnais synthétiques et suspensions à air sont à leur disposition pour toujours plus de confort.

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Mener à l’extérieur

Afin de nous échauffer et d’échauffer nos chevaux nous commençons par mener les attelages lors d’une nouvelle balade. Cette fois-ci nous travaillons davantage la technique et la précision de nos gestes notamment avec la tenue du fouet. Ce dernier sert d’indicateur de direction pour le cheval, ainsi que d’impulsion. En DSC03353aucun cas il ne sert à frapper le cheval, il doit être utilisé avec précision et douceur.

Le fouet se pose sur le côté de la fesse du cheval, à l’opposé de la direction où l’on souhaite aller. Ainsi, pour mener son attelage vers la gauche, une guide d’appui gauche doit être faite et le fouet doit être posé sur la fesse droite du cheval. Pour lancer le cheval en avant il sert à chatouiller le haut de la fesse.

Cette balade est aussi l’occasion de vérifier ce que nous avions retenu de la séance de la veille et de revenir sur les choses mal ou peu comprises.

Le meneur doit utiliser à la fois les aides naturelles (voix, mains, poids du corps) et artificielles (fouet et frein) pour mener au mieux ses chevaux et sa voiture. Il faut également apprendre à réagir, céder et résister aux bons moments : avoir une expérience comme cavalière devient alors un vrai avantage. On connait la sensation de résistance et de cession du cheval, certains gestes sont des réflexes (comme laisser un peu filer les guides lorsque les chevaux souhaitent s’étirer et se détendre).

Sur une maniabilité

Après cette séance d’échauffement en forêt nous enchaînons directement sur un parcours de maniabilité dans un parc tantôt en attelage à un, tantôt en paire afin de bien sentir les différences. La sensation la plus inattendue est que l’attelage en simple est plus délicat à mener que l’attelage en paire !

 

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Nous travaillons au pas et au trot la précision et les virages grâce à l’installation de portes et de slaloms délimités par des cônes. La difficulté principale est la constance dans les demandes et la rectitude de ses aides afin de garder les chevaux dans une même ligne pour passer les obstacle sans toucher les cônes.

Le dressage très fin de la jument frisonne rend nos erreurs encore plus visibles, le moindre mauvais dosage dans la main et nous renversons cône sur cône.

Au pas il est possible jusqu’au dernier moment de rectifier le tir, mais une fois en trot nous n’avons plus ce luxe. Il faut certes viser correctement, mais surtout parfaitement connaître la largeur de sa voiture et ne pas oublier d’anticiper l’obstacle qui suit.

Il faut pouvoir également maîtriser la vitesse de ses chevaux et opérer des transitions dans l’allure de manière pertinente et adéquate, afin de leur faciliter au mieux la taches… Bref, énormément d’informations sont à enregistrer en même temps et d’éléments sont à prendre en compte !

La conduite pépère en forêt nous paraît tout à coup bien lointaine… L’attelage est un sport et ce n’est pas pour rien !

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Nous repartons tous de ce week-end ravis par cette belle découverte ! Cette expérience m’a permis d’apprendre à aborder les chevaux d’une nouvelle manière, et de découvrir un autre pan de la culture équestre. On en ressort grandit, avec une prise de recul par rapport à sa propre pratique de l’équitation.

 Pour en savoir plus :

 

Sources :

J’ai testé pour vous : s’initier à l’attelage
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