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Réflexions équestres

[Réflexion] Plus vite, toujours plus vite...

Un coup de gueule envers tous ceux qui manquent de patience et veulent tout, tout de suite, sans prendre le temps de l'apprentissage.

Elodie 4 min de lecture
[Réflexion] Plus vite, toujours plus vite...
Sommaire de l'article
  1. Ahh ces artifices, vachement pratiques quand même !
  2. Avant d’être des cavaliers, nous sommes des éducateurs
  3. Que faut-il faire alors ?

Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui je vais passer un petit coup de gueule ! Celui-ci vise tous les cavaliers/enseignants qui veulent obtenir des résultats toujours plus rapidement, transformer leurs chevaux en boule de muscles en un rien de temps, “maîtriser la bête” en utilisant divers artifices pour sauter les étapes… Bref, tous ceux qui manquent de patience et veulent tout, tout de suite.

Quand un enfant nait, on ne lui demande pas en une semaine de savoir marcher, parler, lire et compter. On y va progressivement, par étapes. Il lui faudra une vie entière pour se forger un caractère et un physique, une vie entière faite d’expériences et d’apprentissage.

Or j’ai l’impression que dans le milieu des chevaux cette notion “d’apprentissage” n’existe plus vraiment.

A peine débourré (et encore, la plupart du temps même cette étape primordiale est expédiée à la va vite, souvent même alors que le cheval n’a pas encore fini de grandir, mais ça, c’est un autre débat), le cheval doit déjà savoir tout faire : être dans une bonne attitude de travail, en place aux trois allures, enchaîner des parcours, sortir en concours, connaître tout un tas de “figures” de dressage… On lui en demande beaucoup, trop peut-être.

Ahh ces artifices, vachement pratiques quand même !

Quand la bête est un peu trop chaude, on lui met un mors dur.
Elle lève la tête ? Hop, une martingale !
Elle n’avance pas assez ? Vive les éperons !
Oh pi tiens, si je la saucissonnais à l’aide d’enrênements divers et variés pour qu’elle soit bien ronde aux trois allures et ne sorte plus du cadre dans lequel je veux qu’elle soit… Quitte à serrer davantage la muserolle pour l’empêcher d’ouvrir la bouche lorsqu’elle cherche à montrer son désaccord !

Alors oui, effectivement les enrênements, éperons, mors durs et autres artifices permettent de maîtriser n’importe quel cheval et d’obtenir rapidement des résultats. Très rapidement. Trop ? Sûrement. Mais qui s’en soucie ? Malheureusement trop peu de cavaliers…

Avant d’être des cavaliers, nous sommes des éducateurs

Car oui, il faut avouer que c’est quand même beaucoup plus simple de brimer le cheval plutôt que de passer des mois et des mois à le travailler assidument pour obtenir le moindre résultat. Celui qui prétendra le contraire est un charlatan.

Cependant en tant que cavaliers, nous sommes également, et avant tout, éducateurs : c’est à nous qu’incombe de passer d’innombrables séances à enchaîner des barres au sol et des cavalettis (à pied, puis en selle) pour dresser le cheval. Mettre un pessoa ou un pelham vous permettra certes d’enchaîner rapidement un parcours, mais à quel prix ? Que se passera-t-il lorsque vous repasserez en mors à olive ? Nul doute qu’il recommencera à agir comme avant, et recommencera à charger les obstacles et à vous prendre la main.

Idem pour tous ceux qui compriment sans cesse leurs chevaux à l’aide d’enrênements : je n’ai rien contre les enrênements utilisés de manière ponctuelle, mais je trouve ça ridicule de les utiliser de manière systématique, surtout qu’ils sont la plupart du temps réglés bien serrés pour “plus d’efficacité”.

Outre le fait que le cheval souffrira de ces séances (physiquement et mentalement, pour peu qu’il ne soit pas assez musclé pour rester dans ce type d’attitude, sans oublier qu’il s’agit d’un animal avec un fort instinct de survie qui n’appréciera guère se retrouver figé dans une attitude contraignante lui rendant impossible toute fuite en cas de danger… Et je ne parle même pas des courbatures qu’il pourra ressentir ensuite !), il n’apprendra pour ainsi dire rien du tout. Dès que vous enlèverez ces artifices, vous vous retrouverez là encore avec les mêmes problèmes qu’au départ.

A force de persévérance, vous n'aurez plus besoin d'artifices

Que faut-il faire alors ?

Toujours lui mettre ce genre d’artifices ? C’est une possibilité en effet, mais ne vous étonnez pas si votre cheval montre moins d’entrain au travail, s’il devient impossible à monter le jour où vous supprimerez un objet contraignant, s’il doit partir à la retraite plus tôt suite à des problèmes physiques ou psychologiques ou tout simplement s’il vous coûte une fortune en ostéo et autres soins.

L’idéal, mais pas le plus simple je vous l’accorde, serait de virer une bonne fois pour toute tous ces artifices et ne s’en servir que ponctuellement, si vraiment il y en a besoin. Et je peux vous assurer que c’est assez rare qu’il y ait vraiment besoin d’un truc du genre.

Mais pour tout enlever il va falloir accepter de régresser. Accepter de se retrouver avec un cheval un peu chaud ou un peu mou (selon son caractère), accepter de devoir travailler plus dur pour obtenir le même résultat, accepter de travailler les mêmes exercices jour après jour, semaine après semaine, mois après mois pour que quelque chose puisse enfin être considéré comme acquis.

Faisons preuve d’humilité, arrêtons de vouloir aller toujours plus vite, toujours plus loin. Prenons le temps et nos chevaux nous en remercierons.

Le jour où vous pourrez enchaîner un parcours compliqué ou une reprise particulièrement technique tout en légèreté et respect, et ce, sans le moindre artifice, vous serez certainement le plus heureux des cavaliers. Et votre cheval avec !

Elodie

Elodie

Cavalière depuis toujours, je suis l'heureuse propriétaire de 2 juments exceptionnelles : Joye et Heaven ! J'ai aussi créé Stenko : l'app qui permet aux pros équins de gérer leur activité sans prise de tête, et aux particuliers de suivre tout ce qui concerne leurs animaux.

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