Publié le 26/05/2021
Auteur :
Catégorie : Entretien du cheval

Entretien du cheval [Interview] Rencontre avec Alizé, podologue équin

Vous le savez, chez Cheval Partage, nous sommes très préoccupées par la santé et le bien-être des chevaux. Aujourd’hui, j’ai eu envie d’aborder un sujet que l’on traite rarement sur le blog, et qui est pourtant essentiel : la gestion des pieds du cheval. Et plus précisément : le cheval pieds nus.

Afin de bien traiter ce sujet, j’ai choisi de donner la parole à Alizé, podologue équin et ostéopathe. Sa double compétence lui permet en effet d’avoir une vraie vision d’ensemble du fonctionnement et de la santé du cheval.

Cette interview est l’occasion d’en savoir plus sur le métier de podologue équin, mais aussi sur le fonctionnement du pied du cheval et l’intérêt du pieds nus !

L’interview d’Alizé, podologue équin

1 – Comment t’es venue l’envie de devenir podologue équin ?

J’ai ma plus vieille jument pieds nus depuis plus de 10 ans. Je l’avais déferrée car elle quittait le club pour la pré-retraite. Réflexion classique on va dire : retraite = déferrage.

Et puis, je me suis rendue compte qu’elle allait très bien pieds nus, voire mieux, alors qu’elle faisait encore plus d’extérieur qu’avant ! J’ai rejoint sur Facebook un groupe de propriétaires de chevaux pieds nus, et là j’ai découvert la podologie équine.

A l’époque, j’étais étudiante en ostéopathie animale. La podologie m‘a tout de suite parlé ! Je me suis dit que je voulais absolument faire ça en plus de l’ostéopathie, car ces deux pratiques sont vraiment complémentaires. Pendant ma formation d’ostéopathie, j’ai dû faire un stage avec un maréchal ferrant. Bien que je n’étais pas toujours d’accord avec les techniques utilisées, cela m’a vraiment confortée dans l’envie de gérer les pieds des chevaux.

2 – Quelle formation as-tu suivi pour exercer ?

J’ai rédigé mon mémoire de fin d’études d’ostéopathie animale sur l’intérêt des pieds nus. Pendant un an j’ai donc rencontré quelques podologues et j’ai fait les formations PEL (Podologie Equine Libre) de Guillaume Parisot.

J’ai commencé par m’occuper des pieds des copains de pré de mes juments. Puis 10, 20, 50 chevaux… Aujourd’hui je suis plus de 150 chevaux.

3 – Quelle différence y-a-t-il au niveau de la formation entre un maréchal ferrant et un podologue ?

La formation du maréchal ferrant est principalement axée sur la forge, la ferrure et le parage pour poser des fers.

En formation de podologie on ne s‘intéresse qu’à la gestion des pieds nus : on cartographie l’intégralité des structures du pied du cheval, et surtout à quoi servent ces structures et de quoi elles ont besoin pour fonctionner de façon optimale. On s’intéresse également à d’autres sujets comme l’alimentation et les besoins fondamentaux, car on s’aperçoit rapidement que tout est lié.

Pour faire du bon travail en podologie, il faut s’intéresser à tout l’environnement du cheval et pas uniquement à ses pieds.

Malheureusement seul le CAPA de Maréchalerie est reconnu pour la gestion des pieds des chevaux.

NDLR : actuellement, le métier de podologue équin n’est pas reconnu en France. Selon la législation, seuls les maréchaux ferrants et vétérinaires ont le droit de s’occuper des pieds des chevaux. On vous en parlait d’ailleurs dans cet article : Cheval pieds nus : quatre pieds et beaucoup de prétendants.

4 – Est-ce qu’il y a une différence de soins apportés aux pieds ?

L’objectif premier de la maréchalerie est de venir « protéger » le pied de l’usure avec le fer. Malheureusement, on ne se préoccupe pas des conséquences que cette orthèse métallique peut avoir sur le pied du cheval à moyen ou long terme. Le parage effectué pour pouvoir ferrer est inadapté et ne permet pas un fonctionnement optimal du pied.

En podologie, on apprend à parer les différentes structures du pied du cheval de façon à ce que ces structures puissent jouer pleinement leur rôle. L’objectif est que le cheval reste ou redevienne confortable pieds nus, voire de réhabiliter certaines pathologie ou pieds très abimés.

On se rend compte que l’usure est loin d’être un problème finalement. En plus, quand le pied fonctionne correctement, il pousse plus vite. On compense donc largement l’usure dans la majorité des cas. Pour les autres, il existe des solutions.

Les maréchaux-ferrants travaillent principalement sur la pose des fers, même s'ils peuvent aussi s'occuper des chevaux pieds nus
Les maréchaux-ferrants travaillent principalement sur la pose des fers, même s’ils peuvent aussi s’occuper des chevaux pieds nus

5 – Quelle est ta vision du fonctionnement du pied du cheval ?

Le pied a son fonctionnement bien précis et point c’est comme ça, il n’y a pas à avoir de « vision ». Le pied du cheval possède toutes les structures nécessaires pour permettre au cheval de se déplacer et satisfaire ses besoins (protection du doigt, gestion de l’énergie et des impacts…).

Schéma de la structure du pied du cheval
Schéma de la structure du pied du cheval

6 – Est-elle compatible avec une ferrure ?

NON ! Le pied du cheval est déformable (bien qu’à première vue on puisse en douter) et est composé de tissus durs (os, corne) ainsi que de tissus mous (cartilages ungulaires, coussinet digital, système vasculaire….). Ils interagissent tous les uns avec les autres pour gérer les impacts et les énergies générés par la locomotion.

Lorsqu’on rajoute un fer là-dessous, on inhibe tous ces mécanismes. Du coup on se retrouve avec des structures qui ne peuvent plus jouer leur rôle et donc qui s’atrophient / se déforment. Les ondes de chocs remontent le long des membres au lieu d’être absorbées dans le pied, la vascularisation est réduite, un manque de stimulation….

7.a – La ferrure peut-elle être nécessaire dans le cas de certaines pathologies (notamment la fourbure ou le syndrome naviculaire) ?

Le pieds nus fait partie des solutions pour aider un cheval atteint de pathologies comme la fourbure ou naviculaire

Eh bien justement, non seulement les 2 pathologies citées ne sont pas une limite aux pieds nus, mais elles sont au contraire une excellente indication aux pieds nus ! Le parage physiologique nous permet de soulager, voire de soigner certains cas.

Bien entendu, cela doit s’accompagner d’une modification de la gestion du cheval et de son environnement. La podologie n’est pas non plus une baguette magique.

Tout comme l’ostéopathie, la podologie s’intéresse à une vision globale du cheval : pas juste des pieds. C’est ce que j’aime dans cette pratique. On ne peut pas dissocier les pieds du reste du cheval, ni le cheval de son environnement. Tous ces paramètres interagissent les uns avec les autres.

En fait, on finit par se rendre compte que les « maladies » de pieds ne sont pas des problèmes de pieds, mais plutôt des symptômes. De ce fait, la gestion seule des pieds ne peut pas suffire à améliorer le problème.

7.b – Y-a-t-il une limite au pieds nus ? 

La seule limite aux pieds nus est la fracture de P3. Le fer sert alors de « plâtre » au pied le temps de la consolidation.

Certains vont peut-être penser à l’orthopédie, qu’on ne peut faire pieds nus (quoique….). Mais souvent les soucis orthopédiques sont dus à des dysfonctions qui viennent d’ailleurs, et encore une fois cela s’exprime sur les pieds.

Or ce n’est pas en « forçant » le pied avec une ferrure orthopédique qu’on va corriger le problème. Il sera juste camouflé : dès qu’on retirera le fer, le problème réapparaitra. On peut aussi inclure dans cette catégorie une grande partie des problèmes orthopédiques de certains poulains. En gérant les structures au-dessus et surtout en laissant le poulain au pré, la majorité des problèmes disparaitront. 

Enfin, pour les autres ou les traumas qui nécessitent vraiment une orthèse, on peut utiliser d’autres outils que les fers.

L'ensemble du mode de vie du cheval à un impact sur ses pieds
L’ensemble du mode de vie du cheval à un impact sur ses pieds

8 – Que penses-tu des hipposandales et autres alternatives aux fers ? En utilises-tu ?

Eh bien justement, quand je parlais des autres outils, je pensais à ça ! Les hipposandales, les chaussons à coller ou les bandes de résines sont des formidables outils, tant pour la réhabilitation des pieds (par exemple un cheval trop sensible au déferrage qui a besoin d’un petit coup de pouce) que pour la protection temporaire des pieds (course d’endurance, randonnées). Ils sont également utilisés pour certaines corrections orthopédiques.

Donc oui en effet, j’y ai régulièrement recours pour mes clients. Je me forme même au collage des hipposandales au printemps.

Ce n’est parce qu’on est podologue qu’on est contre toutes formes de protection du pied.

Les hipposandales sont l'un des outils alternatifs utilisés par les podologues
Les hipposandales sont l’un des outils alternatifs utilisés par les podologues

Toutefois il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui la grande majorité des chevaux évolue sur des terrains faciles (sable, herbe, terre) et font peu de kilomètres contrairement à ce qu’ils pourraient faire dans la nature. L’usure du pied est donc bien moindre que pour un cheval sauvage (qui est pied nus d’ailleurs), ou encore lorsqu’il servait à la guerre, était utilisé comme moyen de transport ou travaillait dans les champs. C’est à cette époque qu’on a généralisé la ferrure, qui pour le coup était justifiée.

Aujourd’hui la majorité des chevaux n’auraient pas besoin de protection, mais on continue de ferrer les chevaux par habitude. Et quand on a commencé à ferrer, il y a une période de transition pour déferrer. C’est dommage, tout est plus simple si on ne commence jamais 😉 

9 – Comment tes confrères / consoeurs et toi vivez-vous l’absence de reconnaissance légale, et les problèmes qu’elle implique, du métier de podologue ? Quelle évolution attendez-vous ?

C’est difficile. L’engouement pour le pied nu est de plus en plus important, et beaucoup de propriétaires sont insatisfaits de la gestion des pieds nus qui est faite par les maréchaux.

On ne va pas se mentir, on exerce illégalement, mais la demande est énorme et la majorité d’entre nous est débordée.

Il est urgent que le statut de la profession évolue car la demande n’est pas prête de ralentir, et on ne peut pas continuer de vivre avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête en permanence. Les propriétaires ont souvent peu conscience de ce problème.

On aimerait qu’une branche du CAPA de Maréchalerie soit dédiée à la podologie. Une sorte de « mention pieds nus » qui nous permettrait de passer cet examen sans avoir à forger et à ferrer.

Merci Alizé d’avoir pris le temps de répondre sans tabou à mes questions !

Conclusion sur l’interview d’Alizé, podologue équin

Malgré l’absence de reconnaissance légale, les podologues équins figurent bel et bien parmi les professionnels de la santé de nos chevaux. Pour assurer un suivi de qualité des pieds, ils abordent le cheval avec une vision globale, en prenant en compte sa physiologie ainsi que de son environnement. Grâce à cette approche, ils peuvent ainsi assurer le suivi de pathologies parfois lourdes, sans passer par la ferrure.

Si les podologues travaillent sur les pieds nus, ils restent pour autant ouverts à l’utilisation d’outils alternatifs au fer, dans les cas où cela serait nécessaire. Les podologues sont d’ailleurs présents pour vous accompagner sur ce terrain avec votre cheval.

Chez Cheval Partage, nous nous sommes rendues compte que toutes les rédactrices de la team ont leurs chevaux pieds nus. Promis, ce n’est pas un critère de recrutement pour faire partie de l’équipe 😛

Simplement, nous sommes nous aussi convaincues que le pieds nus devrait être la norme, et que la ferrure ne devrait être envisagée que dans certains cas bien particuliers. Or dans les faits, c’est plutôt l’inverse qu’il se produit… Nous sommes également en faveur d’une formation officielle reconnue par l’Etat, et plus généralement pour la reconnaissance du métier de podologue équin.

Et vous, plutôt team fers ou sans fers ? N’hésitez pas à nous donner votre avis et vos retours d’expérience en commentaire ! Sans oublier, bien sûr, de rester bienveillants les uns envers les autres 🙂

Cavalière polyvalente depuis maintenant 15 ans, je suis accompagnée par ma petite jument, mon acolyte. Éthologie, santé et bien-être animal me passionnent. Mes études se poursuivent donc actuellement afin de pouvoir entrer en école vétérinaire ou d'ingénieur.

Poster un commentaire

Ces articles peuvent également vous intéresser :

chevaux pieds nus

3 ans pieds nus : mon retour d’expérience

Hier, le 8 juin 2021, ma jument a fêté ses 3 ans pieds nus. Je vous raconte : Pourquoi j’ai passé ma jument pieds nus ? Une jument ferrée uniquement des antérieurs Quand j’étais plus jeune, tous les chevaux et […]

Lire la suite

prise de sang cheval

Pourquoi faire une prise de sang et comment lire les résultats du bilan sanguin ?

Pour quelles raisons faire une prise de sang ? Avant toute chose, il est important de savoir que l’analyse de la prise de sang ne permet pas de tout savoir. C’est un atout et un examen pour avancer un diagnostic, […]

Lire la suite

Vacciner son cheval : quand ? qui ? quoi ?

Si vous êtes propriétaire d’un cheval, la vaccination est un sujet important dont vous devez vous préoccuper. Certains vaccins sont obligatoires, d’autres simplement conseillés en fonction des individus… Pas toujours facile de s’y retrouver ! Quels chevaux doivent être vaccinés […]

Lire la suite

  • Suivez-nous sur les réseaux sociaux

    3 Partages
    Partagez
    Enregistrer3
    Tweetez