[Livre] « 35 propositions insolentes pour comprendre l’équitation »


Ce « petit traité impertinent à l’usage des cavaliers désarçonnés par les règlements de la Fédération Internationale » (d’après le sous-titre) est une petite curiosité de la littérature équestre paru en 2007 aux éditions Favre. Ce livre ne paie pas de mine en rayon, d’un format moyen et avec une couverture aux couleurs plutôt fades il n’attire pas franchement l’œil. Pourtant, ce titre a le don de chercher la petite bête et d’attiser la curiosité ! Quelle peuvent bien être ces 35 propositions si insolentes ?

Jean-Claude Racinet (1929-2009) associe son insolence à sa vision du cheval et de l’équitation, pour exprimer sa révolte face à l’équitation allemande moderne.

Cette équitation n’est pas mauvaise parce qu’elle est allemande. Elle est mauvaise parce qu’elle est mauvaise !

L’équitation allemande vs. l’équitation française

Avant de nous dérouler la liste de ses fameuses 35 propositions
, l’auteur nous présente sa vision de l’équitation pour placer le contexte et exposer au lecteur l’équitation qu’il défend.Racinet_IMG_0481-255x195

Dès cette première partie, la forme nous révèle son amour de l’organisation des textes sous forme de listes. Le texte est bien organisé et clair. 10 fondamentaux de l’équitation d’outre-Rhin sont déconstruits selon la vision et les principes de l’auteur. Il reprend les bases de l’équitation allemande et nous expose les raisons du non-sens de ses objectifs.

Le principe d’opposition des aides, l’action de pousser le cheval sur le main, chercher un cheval qui se méjuge… ne sont ni plus ni moins que des erreurs pour Racinet. Cela donne naissance à ce qu’il nomme « l’équitation-étouffement ».

Il détaille ensuite la méthode de Baucher qu’il défend, tout en citant d’autres écuyers français comme la Guérinière, pour montrer le facteur d’unicité de l’équitation française.

 Le style de Baucher, dans la fin de sa carrière, pouvait se résumer dans les quatre principes suivants : descente, séparation et modération des aides, ainsi qu’optimisation des ordres.

L’auteur voue un culte à cette méthode. L’objectif ultime de cette équitation est la flexion de la mâchoire qui est quasiment vénérée, comme il le dit lui-même. Le renforcement positif (récompense lors de la bonne exécution) est associé au renforcement négatif (punition lors de la mauvais exécution).

Racinet assume la « fermeture » de son discours, le lecteur est donc préparé à une liste sans concession et fidèle à ce qui est annoncée : bourrée d’impertinence.

35 propositions pour décortiquer le langage équestre

Enfin, nous en arrivons au cœur du livre. Les 35 propositions sont énumérées sous forme de liste, avant de nous être expliquées au cas par cas. Qu’on se le dise franchement, certaines propositions sont « faussement » insolentes. Elles semblent être au premier abord un non-sens « Il faut se porter en avant dans le mouvement en arrière » mais la plupart des cavaliers comprendront où l’auteur souhaite en venir.

D’autres propositions sonnent comme des évidences (« La meilleure théorie équestre ne donnera aucun résultat sur un cheval mal nourri »), tandis que d’autres attisent la curiosité (« L’équitation de dressage moderne est de l’équitation de cirque pour initié »). Chacune de ces assertions est expliquée, argumentée et illustrée de différents exemples.

L’équitation est un sport riche d’images abstraites, d’expressions qui nous échappent, de principes qui semblent s’opposer. Le langage équestre est très fort pour créer l’incompréhension et la confusion.

Si le cavalier n’a jamais eu la chance de sentir ce qu’est un cheval « sur le main », il y a peu de chance que sans les explications adéquates pour compléter cette expression et le vécu de la « sensation » il soit en mesure de comprendre ce que cela signifie. Il en saisira l’idée, sans en comprendre les tenants et les aboutissants.

Ce que j’ai apprécié dans ce livre c’est qu’il cherche à briser cette barrière du langage qui jette le trouble et donne naissance à de fausses ou de mauvaises connaissances équestres. Bien trop souvent, la forme du discours est là mais le fond reste incompris.

Une écriture brute

Racinet a une écriture très « brute », il ne passe pas par 4 chemins et ne ménage pas son lecteur. Si ce dernier n’est pas un tant soit peu familier avec les autres théories qui existent que celles enseignées en clubs (qui reposent en majorité sur des principes de l’équitation allemande) ce livre peut provoquer de l’incompréhension voire du rejet, car le choc des cultures peut être rude.

« L’impertinence » annoncée sonne parfois comme un doux euphémisme, on peut déplorer le mépris et la condescendance de certains passages.

Mais la véritable équitation de cirque possède un gros avantage sur l’équitation de dressage moderne : elle « parle » au grand public.

La fermeture du discours exige également d’être bien armé et d’avoir pu aiguiser son esprit critique pour pouvoir faire la part des choses.

C’est donc un ouvrage qui selon moi s’adresse aux lecteurs curieux et avertis en recherche d’une autre vision de l’équitation et à ceux déjà familiers des différentes écoles et courants de pensées.

D’autres titres de Jean-Claude Racinet à découvrir :

Baucher, cet incompris (Les cavales)

L’équitation de légèreté

Vers une équitation totale

Source photo : Sugar Creek Stables

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Commentairess 2

  1. www.reseau-entreprendre.org 26 janvier 2015
  2. Anne 16 novembre 2016