[Réflexion] Apprendre à aimer les chevaux


Aimez-vous les chevaux ou l’équitation ?

horse-1333897_1920Voilà une question que trop peu de cavaliers osent se poser, mais qui pourtant met le doigt sur les motivations essentielles qui nourrissent notre passion. Cette question, au-delà de son aspect personnel, soulève une problématique éthique : est-ce que vous aimeriez votre cheval de la même manière si vous ne pouviez pas monter dessus ?

J’aimerais partager ici en quoi notre expérience équestre, et l’esprit général qui domine trop souvent dans le milieu, peuvent fortement influencer cette passion. J’aimerais vous faire part de ce petit bout de « réflexion équestre », de mon ressenti sur la question de l’amour que l’on porte aux chevaux et de la manière dont on nous apprend trop souvent à aimer l’équitation avant l’animal.

Les clubs équestres : première expérience du désamour

Je fais part ici de mon expérience personnelle et de mon ressenti vis-à-vis de ce que j’ai pu vivre dans les clubs équestres que j’ai fréquentés et des témoignages que j’ai pu entendre. J’ai conscience que de plus en plus de structures équestres s’efforcent d’améliorer les choses, malheureusement, pour ma part et pour beaucoup de cavaliers, les choses ont très mal débuté.

L’apprentissage de la violence

horse-1424064_1920Ma première expérience équestre s’est effectuée, comme pour la majorité des cavaliers, en club. Durant ces quelques années, j’ai appris à brosser un cheval, monter dessus, me tenir droite et baisser les talons. Mais j’ai également appris la violence, sous toutes ses formes. La violence physique en utilisant la cravache, les éperons ; et la violence psychologie en menaçant le cheval quand il ne fait pas ce que je souhaite ou qu’il ne se tient pas tranquille.

Je ne vous parle pas ici de la grosse violence qui saute aux yeux, de la violence qui fait crier à tous « Mais quelle horreur ! C’est de la maltraitance ! », mais de la violence communément admise pour se faire « respecter » par le cheval.

Tirer violemment sur la bouche, donner des coups de badine pour le faire rentrer dans un van, chausser des éperons sans avoir la jambe fixe, sauter en carrière par des température étouffantes  … la liste est sans fin. Ces « petites » violences du quotidien sont tolérées, acceptées, voire encouragées. La théorie de la dominance inter-espèces entretient (voir l’article [Réflexion] Remise en question de la théorie inter-espèces) et nourrit d’ailleurs cette manière de procéder.

Baigner dans ce flot amène à minimiser ces violences et à les considérer comme normales. « Donne lui un coup de cravache, il ne va pas en mourir ! », « Ne te laisse pas faire, arrache lui la gueule ! », … le langage quotidien propre au milieu équestre participe à cette banalisation de la violence.

Cheval-clubAu-delà du seul rapport aux chevaux, l’état d’esprit général régnant dans ces structures enseignent d’autres violences : la violence psychologiques entre les humains ainsi que la violence « éthique ». Ces structures véhiculent des valeurs parfaitement fidèles aux clichés circulant sur ces milieux : le jugement d’autrui,  le rejet des différences, l’élitisme et la cruauté. Des groupes se forment, des victimes sont choisies, et la machine infernale se met en marche : critiques acerbes, regards plein de jugements, …

L’amour et la bienveillance sont bien loin entre les humains, les animaux deviennent les victimes parfaites pour exprimer sans limite les frustrations et colères de chacun, sans que personne ne se plaigne. D’ailleurs, tout signe de tendresse ou de compassion vis à vis de l’animal est souvent perçue comme une faiblesse ou de l’anthropomorphisme. L’émotionnel n’est pas admis.

Le cheval comme outil de plaisir

Le cheval n’est plus considéré comme un être vivant qui souffre au même titre que nous. Il n’est qu’un outil d’apprentissage, bon à encaisser les violents coups dans les bouche, les incessants coups de talons et les interminables séances de saut d’obstacles. Le cheval est  réduit à une raquette de tennis, un club de golf, une boule de bowling. Il existe pour nous servir, le prix à payer pour se faire plaisir est sa souffrance.

Le cheval de club est l’outil privilégié pour apprendre à améliorer sa position, sans aucune prise en compte de son bien-être. Alors qu’il faudrait au contraire, apprendre au cavalier à s’adapter au cheval, à ses allures, à sa morphologie pour l’accompagner et le gêner le moins possible, on rentre dans un cadre où une position type doit être « forcée » sur chaque cheval.

De cette ambiance générale nauséabonde n’émerge que du négatif et les valeurs que l’on assimile, surtout lorsque l’on y entre jeune, sont désastreuses pour la suite de l’aventure équestre et humaine qui nous attend.

Nous sommes ici bien loin de l’apprentissage de l’amour et de respect des bêtes, pourtant c’est avec cela que j’ai commencé, et cela m’ a suivi pendant longtemps.

Remise en question des apprentissages inculqués

Après ces quelques années passées en clubs, à en sortir totalement écœurée, je me suis tournée vers la demi-pension. J’y ai appris énormément de nouvelles choses, tout en retrouvant certaines « valeurs » de clubs. Puis mon expérience s’agrandissant et mes champs d’horizon s’élargissant, j’ai appris à remettre en question ces principes que l’on m’imposaient comme des vérités absolues et surtout, j’ai appris à faire des choix et à refuser certains enseignements.

Choisir ses valeurs et sa ligne de conduite

C’est au fil des expérience équestres mais aussi des expériences personnelles que l’on apprend à se forger un avis, à se désolidariser de certains principes imposés et que l’on apprend à penser par soi-même, à sélectionner ce qui est bon et ce qui est mauvais pour nous et surtout pour le cheval !

P1000130 copy_optC’est à partir de là, que j’ai commencé à remettre en question ma manière de monter à cheval, mon rapport à l’équitation, mais surtout, mon rapport aux chevaux. J’ai appris certaines valeurs, que j’ai tentées de faire miennes jusqu’à en faire des principes centraux dans ma ligne de conduite : faire passer l’amour du cheval et surtout leur bien-être avant tout. Et par là, je ne parle pas uniquement de leur mettre des protections aux membres lorsque je saute et leur donner de l’eau, je parle du respect et de l’amour que je leur dois.

J’ai appris à m’autoriser à développer une empathie presque exacerbée à leur égard et à les écouter. A prendre en compte leurs humeurs, leurs préférences, leur état d’esprit. Je me suis autorisée à me détacher de cette froideur et à faire rentrer l’émotionnel dans mon quotidien avec eux.

J’ai ainsi appris seule ce qui aurait dû m’être appris dès les premiers instants que j’ai côtoyés les chevaux en club  : apprendre à faire passer un autre être avant soi-même.

Apprendre à aimer les chevaux

C’est ainsi, au fil de mes nouvelles rencontres animales, que j’ai continué à faire grandir mon amour, mon empathie et ma compassion pour chaque cheval croisant ma route.

DSC00648_optJ’ai appris à les aimer uniquement pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils me procurent. J’ai appris à ne pas vouloir  les faire rentrer dans un moule mais à m’adapter à chaque comportement et à chaque morphologie. Étant une cavalière de loisirs, je fais avec mes capacités, mes connaissances et mes compétences modestes acquises tout au long de mon parcours pour toujours tendre un peu plus vers un rapport apaisé et pacifique aux chevaux.

Et vous, vous êtes plutôt chevaux, ou équitation ?

Aujourd’hui, la parole se libère de plus en plus dans le milieu. L’amour que l’on peut porter aux animaux, de manière générale, est davantage assumée. L’évolution des mentalités fait son bonhomme de chemin et cela se voit dans les nombreuses structures équestres qui voient le jour et prônent de nouvelles valeurs.

Mais vous, au-delà des beaux discours sur l’amour de vos montures partagés sur les réseaux sociaux, portez-vous un vrai amour sincère, et surtout désintéressé, à votre cheval ? Est-il à vos yeux un outil ou un ami, un compagnon ? Quel est votre rapport aux chevaux et à l’équitation ?

Posez-vous quelques minutes pour répondre honnêtement et, peut-être, commencer à aborder cette passion d’une nouvelle manière.

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Photos : Pixabay, Claire (Délivrez les images)

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Commentairess 9

  1. Alexandra 8 août 2016
    • kawelo 8 août 2016
  2. Claire 23 août 2016
  3. Celine 19 octobre 2017
  4. Aurélie 20 octobre 2017
  5. hermoye 21 octobre 2017
  6. Elise 22 octobre 2017
  7. Brigitte 27 janvier 2018
  8. Jessica 30 août 2018