Une équitation sans-mors, c’est possible ?

L’équitation sans-mors est arrivée de plein fouet en France afin d’ébranler nos dogmes équestres solidement construits depuis des siècles. L’équitation en France est vue comme un sport précieux, un art et gare à celui qui osera remettre en doute certains codes confortablement établis.

Tantôt pointée du doigt comme une mode, bien heureusement, certains cavaliers en font leur éthique !

Promis, je ne partirai pas dans les débats stériles et incessants sur le mors, qui ne ferait que brasser de l’air, et braquer un bon nombre de personnes,ça n’est pas le but !

En revanche, je veux bien tenter d’essayer de vous faire partager une autre vision équestre… et les diverses expériences de mon entourage ainsi que les miennes, en énumérant les bons côtés et les joies du sans-mors, sans tenter de froisser quiconque.

Un bon et réel travail sans-mors, est-ce possible? 

Un bon travail sans-mors est tout à fait possible, l’outil ne fait pas le cavalier.

Le cavalier qui travaillera sans-mors sera dans l’obligation d’être attentif aux petits détails, sous peine de ne pas avoir le résultat escompté ; 

Le mors peut obstruer des subtilités, de si petits éléments qui ont leur importance mais aussi leur conséquence, et que notre attention ne retenait aucunement.

C’est pourquoi certains cavaliers se retrouvent avec le « nez » dans l’eau, désarmés, et incapables de communiquer sans un mors dans la bouche de leur chevaux.

Lorsque mon professeur d’équitation m’a fait connaître l’équitation centrée, cela a été une révélation. Je n’étais pas seulement et bêtement en train de monter mon cheval sans-mors, mais j’étais surtout en train d’échanger une multitude de choses inexplicables avec mon cheval. Je communiquais autrement, en toute simplicité.

Petit à petit j’ai compris là où mon professeur souhaitait m’emmener. Il ne suffit pas seulement de monter sans-mors, il suffit aussi de comprendre où cela nous mène et ce que cela peut développer dans notre relation homme/cheval.

De ce fait, nous prenons conscience que la position que nous avons à cheval, ou à côté du cheval influence la leur.

Le travail sans embouchure pourrait être laborieux, seul, il peut être tout à fait possible que les résultats soient durs à obtenir dans un premier temps… mais si l’on a confiance en ce que nous demandons, et que l’on sait où nous allons (et surtout pourquoi) il n’y a aucune contrainte à obtenir ce que nous cherchions : un travail juste.

Le sans-mors n’est pas un miracle.

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Jastero & Bernard Chéru – Photo : © Gérard Vignot & Delphine Doudoue. Jastero et Bernard évoluaient en bride depuis de nombreuses années, une ré-éducation, pas des plus simples, a du être nécessaire pour eux-deux.

Je lis souvent sur les réseaux sociaux des personnes déçues du travail sans-mors, car ce n’était pas à quoi elles s’attendaient. Des chevaux qui « embarquent » qui ont la tête en l’air, qui n’exécutent pas aussi bien qu’ils le feraient avec un mors, qu’il y a un trop gros travail, pour arriver à si peu de bons résultats, etc.

Les cavaliers s’attendent à un miracle, un side-pull magique qui leur apporterait un relationnel digne de la série Grand-Galop, une ligne de dos bien tendue, de superbes extensions d’encolures, un placé légendaire… Déçus de ne pas avoir ce résultat après avoir enfilé sur la tête de leur chevaux une ennasure, ils préfèrent remettre le mors, pour obtenir plus facilement le résultat tant attendu.

Dommage !

Dommage, parce que le travail se paie, la relation se gagne, et la patience est une vertu à la fois rare, mais très utile.

Avec certains chevaux, les résultats seront immédiats, et avec d’autres cela prendra du temps. Il n’y a pas que l’influence équine qui joue en la faveur du sans-mors, mais également l’influence humaine. Si les demandes sont claires, les réponses le seront aussi.

 

 

Je « sentimentalise » un peu la monte sans-mors, car lorsque j’écris sur celle-ci, je ressens ce que cela m’a apporté avec les chevaux. Je la ressens car je la comprends.

Je comprends où elle me mène, et où elle peut mener les chevaux…

Comme je le disais plus haut, il y a l’action matérialiste qui est le sans-mors au premier degré et l’éthique qui façonne, voire qui consolide l’outil utilisé. L’un sans l’autre ne peut pas fonctionner convenablement, à mes yeux.

Les cavaliers découvriront des sens perdus qu’ils devront utiliser pour espérer toucher du doigt une équitation sans-mors plaisante et juste. La position du cavalier sera primordiale, peu de cavaliers ont une position convenable, lorsque l’on monte en mors, cette équitation n’influence pas les demandes peu compréhensibles du cavalier, le cheval avance, tourne, exécute. Or, lorsque l’on monte sans mors, la position est essentielle, si les « clés » -regard-position-demande claire – ne sont pas respectées il y a peu de chance que le cheval veuille bien écouter ce qu’on leur propose, par exemple. C’est pourquoi l’équitation sans-mors est vite abandonnée ou trouvée trop « simpliste » et inconcevable pour un travail sérieux dans le bon sens. Il n’est pas anodin d’entendre : « Ca ne convient pas à mon cheval », « Mon cheval ne comprend pas », « Le sans-mors est instable, et dangereux », etc.

Cavalier comme cheval ont besoin d’un temps d’adaptation, mais pas que. Ils ont besoin de se redécouvrir l’un l’autre, et de se faire réellement confiance. Il est évident que l’équitation qui se pratique sans mors, et sans autres outils coercitifs, mène à une autre relation entre l’homme et le cheval.

 

 

Image principale : Emeline et Tatoo, Etalon frison qui n’a jamais connu le mors.

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Commentairess 4

  1. kawelo 28 novembre 2014
  2. Amaya 28 novembre 2014
  3. Carine 29 mars 2018
    • kawelo 30 mars 2018