Les soins post-poulinage : le cas de la poulinière


Qui n’a jamais rêvé d’assister à la naissance d’un poulain ? Que cela soit une première ou une activité régulière, cette étape de la reproduction reste source de stress et d’émotions pour la personne qui s’en occupe. Or, le travail ne s’arrête pas à l’expulsion du poulain.

Passé les premiers instants d’émerveillement, il est important de réaliser un certain nombre de tâches pour la santé et le bien-être de la mère et de son poulain. Je vous propose donc aujourd’hui un article sur les soins post-poulinage centrés sur la poulinière.

Tout comme le poulain, la jument doit être étroitement surveillée dans les heures qui suivent la naissance afin de s’assurer de sa bonne santé et du fait qu’elle accepte correctement son poulain. Plusieurs points sont alors à surveiller avec attention.

 

Le comportement de la poulinière

Il est important de surveiller le comportement de la jument suite à la naissance afin d’être sûr qu’elle accepte son poulain et qu’elle a bien supporté le poulinage.

Il n’est pas rare que les juments soient douloureuses dans les minutes qui suivent la naissance et restent couchées. Certaines vont même jusqu’à s’endormir quelques instants pour se remettre des efforts de l’expulsion. Néanmoins, elles doivent se relever rapidement (dans la demi-heure suivant la naissance) et rester dynamiques. En effet, dans la nature la capacité de la mère à se relever et à fuir devant le danger constitue la garantie de sa survie et de celle de son petit.

Un comportement apathique, surtout si il est accompagné de saignements importants doit alerter et amener à une consultation vétérinaire en urgence : il peut s’agir d’une hémorragie post-partum !

L’observation du comportement de la poulinière permet également d’évaluer son instinct maternel et de repérer rapidement des dysfonctionnements qui pourraient mettre en danger le poulain.

La surveillance doit se faire discrètement car il ne faut pas interférer lors de la création des liens entre la mère et son petit : tirer le poulain vers la tête de la jument à la fin de l’expulsion est généralement largement suffisant. La jument doit absolument s’intéresser à son poulain et le stimuler en le reniflant et en le léchant.

Il faut surveiller toutes marques d’agressivité qui montreraient que la mère n’accepte pas son poulain et qui risquent d’empêcher la mise en place de l’allaitement sans l’intervention humaine.

 

La gestion de la délivrance

Au-delà de l’observation du comportement, les soins à la poulinière concernent principalement la délivrance. Celle-ci correspond à l’expulsion du placenta et doit intervenir dans les trois heures qui suivent la naissance.

Chez le cheval le placenta se compose de 2 poches distinctes :

L’amios est l’enveloppe la plus proche du fœtus. Elle contient le liquide amniotique qui assure la protection contre les chocs durant la gestation. Elle est transparente à blanchâtre et apparaît sur le poulain lors de l’expulsion. C’est d’ailleurs elle que l’on déchire au niveau des naseaux pour lui permettre de respirer.

L’allantoïde correspond à la poche rouge qui est expulsée lors de la délivrance. Elle assure un milieu stérile au fœtus ainsi que ses fonctions respiratoires et digestives durant la gestation. C’est également dans l’allantoïde que sont stockés les déchets produits par le poulain. La rupture de cette poche intervient au début du poulinage au niveau de l’étoile cervicale : c’est la perte des eaux.

Durant l’expulsion du poulain, l’allantoïde commence à se détacher de la paroi de l’utérus. C’est d’ailleurs pour cela que le poulain doit naître tête en avant : en effet, lorsque le placenta commence à se décoller de la paroi les échanges gazeux diminuent. Si le poulain ne commence pas à respirer durant l’expulsion il risque de s’étouffer.

Une fois que le poulain est expulsé, les enveloppes apparaissent au niveau de la vulve. Il faut faire attention à ce que la jument ne les déchire pas en marchant dessus car cela risquerait d’empêcher le bon décollement du placenta.

Pour favoriser une délivrance plus rapide, on peut faire un nœud avec la partie des enveloppes déjà apparentes : c’est leur poids associé au mouvement de balancier qui va aider au décollement en douceur du placenta.

L’observation du placenta :

Une fois que la délivrance est finie, il faut observer le placenta sans attendre. En effet, cela permet de recueillir des informations précieuses sur le déroulement de la gestation et sur la santé de la mère et du poulain. Pour cela on procède en plusieurs étapes :

– Première étape : retourner le placenta comme une chaussette. En effet, lors de l’expulsion, le poulain entraine l’allantoïde par le cordon ombilical en provoquant son retournement. C’est donc la face blanche ( en contact avec le poulain ) qui apparaît alors que l’on souhaite observer la face rouge ( en contact avec la paroi de l’utérus ).

– Deuxième étape : distinguer l’amios, le cordon et l’allantoïde sans les séparer ou les déchirer.

– Troisième étape : placer l’allantoïde en forme de F pour bien distinguer la partie correspondant au corps de l’utérus ( partie verticale du F ) et les cornes de l’utérus ( les deux branches du F ). L’une des deux branches du F doit être plus grosse que l’autre. Cela correspond à la corne gravide, c’est-à-dire la corne de l’utérus dans laquelle le poulain s’est développé.

Allantoïde. Source Durfort Clara. 

 

– Quatrième étape : vérifier que les enveloppes sont entières afin d’être sure que la délivrance est bien complète et qu’il n’y a pas de risques d’infections post partum. Il faut observer avec attention l’extrémité des branches du F qui correspondent aux cornes de l’utérus. En effet, c’est à ces endroits que les déchirures sont fréquentes et qu’il y a le plus de risques qu’un morceau de membranes soit resté coincé dans l’utérus.

– Cinquième étape : observer la couleur, la texture et l’épaisseur des membranes afin de détecter un éventuel problème de santé survenu durant la gestation.

Que faire en cas de problème ?

Si la délivrance n’a pas lieu dans les 3 heures qui suivent le poulinage ou que les membranes ne sont pas complètes, il faut absolument faire intervenir le vétérinaire.

Il s’agit d’une urgence vitale : la jument risque de développer une infection utérine débouchant sur un fourbure et une septicémie. En aucun cas, il ne faut tirer sur la délivre. Cela risque de provoquer une hémorragie.

De même, en cas de comportement anormal ou d’enveloppe à l’aspect anormal, il ne faut hésiter à consulter le vétérinaire également.

Les soins post-poulinage : le cas de la poulinière
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