Résistances et bonnes pratiques de vermifugation


On vous avait parlé il y a déjà quelques temps de la vermifugation efficace lors du retour au pré des chevaux. A cette occasion, j’avais rapidement évoqué les phénomènes de résistance qui poussaient parfois les gens à ne pas vermifuger leurs chevaux. Aujourd’hui,  décryptons ensemble ces phénomènes et voyons comment les éviter.

Le phénomène de résistance

Développement des résistances

Le phénomène de résistance est un mécanisme biologique relativement complexe qui implique le génome des individus parasités.

Pour faire simple, les vermifuges sont faits a partir de molécules qui agissent sur les parasites pour les tuer. Parmi les parasites vivant et se multipliant dans l’organisme du cheval certains acquièrent, par une mutation aléatoire de leur génome, un gène qui leur confère une capacité à résister à ces molécules. Cette mutation est la plupart du temps récessive, ce qui signifie que la reproduction d’un ver sensible avec un ver résistant donnera une vers sensible. Malgré cela, si la quantité de vers sensibles n’est pas suffisante, cela favorise le croisement de deux individus résistants entre eux, conduisant à la naissance de nouveaux vers résistants et participant ainsi à former toute une colonie de parasites résistants.

En traitant avec une molécule, on impose une sélection, les vers sensibles seront éliminés, et les vers résistants seront conservés.

Facteurs favorisant l’apparition de résistance

Pour éviter d’exposer nos chevaux à des parasites résistants qu’aucune molécule n’arrivera à traiter, il est impératif de conserver ce que l’on appelle une « population refuge », c’est-à-dire un ensemble de parasites sensibles qui ne seront pas tués entièrement. Cela peut paraître aberrant, mais c’est en conservant des individus sensibles qui vont se reproduire que l’on arrivera à les éliminer. Si ceux-ci sont éliminés, les parasites résistants pourront davantage se reproduire entre eux et on aboutira à terme à des populations entières de vers qu’on ne peut plus traiter.

Les phénomènes de résistances ne sont pas automatiques mais peuvent être aggravés par certaines mauvaises pratiques :

  • Un usage trop fréquent de la même molécule
  • Une utilisation de molécules rémanentes, c’est-à-dire avec une durée d’action très longue
  • L’utilisation systématique de molécules à large spectre, c’est-à-dire pouvant s’attaquer à une grande diversité de parasites
  • Des molécules non adaptées à la saison
  • Le sous-dosage, ce qui revient à l’administration inutile du produit.

Toutes ces mauvaises habitudes sont dangereuses sur le long terme . En résumé, la vermifugation ça se fait avec modération.

Lutter contre la résistance

Ces phénomènes de résistance ne sont pas une fatalité et une vermifugation efficace est toujours possible.

Les bonnes pratiques

c) Unihorse

(c) Unihorse

La vermifugation doit se faire selon certains règles pour être sûr de son utilité

  • Vermifugation raisonnée : adapter le spectre de la molécule à la saison, et donc au type de parasites présents. Exemple : un vermifuge au prazyquantel en été est inutile
  • Vermifugation sélective des excréteurs forts : on considère que dans un troupeau de chevaux, seuls 20% des animaux hébergent 80% des parasites, et ce sont eux que l’on appelle les excréteurs forts. S’ils sont bien vermifugés cela empêche la propagation de l’infestation aux autres chevaux.
  • Distribuer des doses adaptées : ni plus, ni moins!
  • Conserver des intervalles raisonnables entre deux vermifuges : vermifuger 6 fois par an est inutile, 4 fois, c’est déjà bien suffisant !
  • Séparer les jeunes chevaux des chevaux âgés : ce n’est bien évidemment pas toujours possible, mais selon leur âge, les chevaux sont plus ou moins sensibles à certaines espèces
  • Eviter le « Dose and Move » (changer le cheval de parcelle quelques jours après sa vermifugation) que l’on entend pourtant souvent : changer le cheval de pré dès lors qu’il est vermifugé empêche la création de population refuge dont nous parlions précédemment.
  • Changer de molécule : cela peut aider, mais ce n’est pas toujours efficace. Pour certains parasites, et notamment les strongles, l’effet du changement de molécules n’est pas prouvé
  • Poser un protocole identique pour l’ensemble des chevaux d’un groupe

Quelques cas en détails

Chaque cheval est exposé différemment aux vers, selon son âge ou son mode de vie, pour cela je vous propose différents protocole envisageables.

Cheval adulte au pré

La vermifugation sélective est conseillée s’il vit en troupeau. On traite 2 à 4 fois par an, le mieux étant l’intermédiaire,  3 fois, selon le programme suivant : au printemps, vermifugation contre les larves de strongles, fin d’été, vermifuge contre les strongles adultes et enfin, en hiver, un vermifuge qui luttera contre les ténias et les gasterophiles.

Cheval adulte au box

Un cheval vivant au box est largement moins exposé aux parasites que le cheval au pré. Même si une vermifugation sélective est conseillée selon les autres chevaux de l’écurie, on vermifugera uniquement 2 fois par an : une fois en été contre les oxyures et les strongles, et une fois en hiver contre les gastérophiles et ténias.475666144_79f743a40b_b

Poulinière

Pour les poulinières, le traitement ne diffère pas vraiment. Il n’existe aucun danger pour le foetus lors de la vermifugation de la mère car les molécules utilisées ne traversent pas le placenta. Ainsi, on appliquera l’un ou l’autre des protocoles précédents selon son mode de vie.

Poulain (de 0 à 1 an)

Pour ce cas particulier, on déconseille très fortement la vermifugation sélective, car les poulains sont beaucoup plus sensibles. Son premier traitement sera effectué à 2 mois contre les nématodes, puis au sevrage (à l’automne en général), contre les ascaris. Au début du printemps on vermifugera pour la troisième fois, cette fois contre les larves de strongles, puis un peu après ses 1 an, en été, contre les strongles adultes.

Yearling (de 1 an à 2 ans)

Après le programme précédent, on vermifugera le yearling en hiver contre les ascaris, le plus souvent au fenbendazole. Au printemps, on traitera contre les larves de strongles, et en été contre les adultes. Le dernier vermifuge se fait à l’hiver suivant contre les ténias. Par la suite, on traitera 2 fois par an contre les strongles, et en hiver contre les ténias, jusqu’à son âge « adulte », où on appliquera les protocoles précédents.

On bannira la vermifugation sélective pour les mêmes raisons que précédemment.

Nouvel arrivant

Autre cas un peu particulier, celui d’un cheval débarquant dans une nouvelle écurie. Il est préférable que le cheval soit vermifuger 2 semaines avant son départ, selon son propre programme de vermifugation, mais par défaut, et si l’on n’est pas sûr, on traitera à l’arrivée selon son « nouveau » protocole (si celui-ci change), en respectant par la suite une période de quarantaine pour permettre d’éliminer les vers.

 

Les protocoles de vermifugation ne sont pas toujours facile à préparer, n’hésitez pas à en discuter avec un vétérinaire qui pourra vous prescrire une coprologie et ainsi poser un programme adapté. Une vermifugation efficace est une assurance vie pour votre cheval : des centaines de chevaux meurent chaque année d’un parasitisme intense lié à une mauvaise vermifugation car les dégâts causés, principalement à l’intestin, sont irréparables, même chirurgicalement.

Résistances et bonnes pratiques de vermifugation
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