[Réflexion] Remise en question de la hiérarchie inter-espèces

« Fais attention, ce cheval est dominant ! », « Montre-lui qu’il n’est pas le dominant », « Ne te laisse pas dominer »,…  quel cavalier n’a jamais entendu ces avertissements ? Côtoyer les chevaux exigerait de se poser en dominant vis-à-vis de son cheval.

Mais, sait-on réellement ce que signifie « dominer » ? Est-il seulement possible de se faire dominer par un cheval ? Quelle preuve a-t-on que cette hiérarchie inter-espèces existe ?

Sur cette question, le choix, la portée des mots et leur interprétation sont primordiaux. Ils portent en eux les nuances propres au langage, mais également propres à chaque personne, selon son expérience et son ressenti. Les mots sont porteurs d’une part de subjectivité, conférant des nuances parfois infimes mais ayant la capacité de transformer un discours et de parasiter la réflexion.

Il est donc important de commencer par définir les mots pour partir sur les même bases du discours.

Définition de la dominance

Un mot ambigüe

Dans toute hiérarchie il y a ce que l’on nomme des « dominants » et des « dominés ».

« Dominant » est le terme utilisé pour désigner certains individus dans les relations qu’entretiennent les animaux dans un groupe social. Il est également utilisé pour définir les relations animaux-humains.

Le dominance est un terme riche de nuances, chacune ayant un sens propre qui peut être positif ou négatif. On peut dominer quelqu’un en compétition (être meilleur que lui), dominer ses émotions (savoir les contrôler), dominer quelqu’un par sa taille ou dominer quelqu’un en le soumettant.

C’est cette dernière définition qui nous intéresse car pour dominer il faut des soumis et dans l’imaginaire collectif dominer impliquerait inévitablement un rapport de force (violent ou non) où l’un des deux partis doit capituler (volontairement ou non).

La dominance intra-espèces

La dominance intra-espèces (entre les individus d’une même espèce) existe bien chez les chevaux, tout comme elle existe chez les humains.

Dans un groupe social, une hiérarchie s’établit. Chez les chevaux cette organisation permet de répondre aux pressions de l’environnement (accès à la nourriture, à l’eau, à un abris…). Contrairement aux idées reçues, cette hiérarchie n’est pas statique, elle est fluctuante. Les êtres constituant ce groupe s’adaptent, la hiérarchie change selon l’évolution des individus.

Cette hiérarchie repose sur le langage propre à chaque espèce : les spécimens d’une même espèce sont en mesure de communiquer entre eux et de transmettre leurs ressentis par rapport à une situation. Coucher les oreilles, montrer le blanc des yeux, mâchouiller,… sont des signaux faisant partie du langage du cheval et que chaque membre de l’espèce comprend instinctivement.

Il est commun de lire que le cheval agressif d’un groupe social (celui qui mord, qui chasse, qui botte) serait le dominant (la dominance est associée à l’agressivité), cela est pourtant loin d’être une vérité. La dominance n’a qu’un caractère relatif, inconstant et repose en grande partie sur le bon vouloir de chaque membre du groupe social.

Les échanges violents entre chevaux pour des questions hiérarchiques son extrêmement rares, le cheval est un animal par nature pacifique, qui va éviter autant que possible de se mettre dans une position de danger.

Chaque cheval, quel que soit son rang, est susceptible de mordre ou botter un autre cheval selon la situation. Des interactions riches et complexes sont réduites à une relation de dominance et aux conclusions simplistes : « il est le dominant », « il est le dominé ».

La confusion est faite entre son tempérament et sa position dans le groupe.

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La dominance inter-espèces

La théorie de la dominance inter-espèces stipule qu’il est possible d’établir une hiérarchie de dominance entre les humains et les animaux.

Un humain pourrait être dominé par un cheval, tout comme un cheval pourrait dominer un homme malgré le fait qu’ils ne parlent pas la même langue et n’utilisent pas les mêmes codes corporels. Le cheval n’aurait pas conscience que l’humain n’est pas un cheval.

Cette théorie est particulièrement mise en pratique par certains chuchoteurs ou éthologues qui miment les réactions et attitudes de chevaux en liberté, persuadés qu’ils s’inscrivent ainsi dans un même dialogue avec le cheval et donc dans une hiérarchie inter-espèces.

Les chevaux entiers sont les premiers concernés par la théorie de la dominance (grâce au mythe de l’étalon fougueux, dangereux et incontrôlable).

Mais les choses sont-elles vraiment si simples ? Est-ce qu’il suffirait de grossièrement imiter certaines attitudes du cheval pour qu’il nous considère comme l’un des siens et se place dans une hiérarchie inter-spécifiques ?

Remise en question de la théorie de la dominance inter-espèces

La dominance inter-espèces concerne les relations entre des espèces différentes, ici homme-cheval. Aucune étude scientifique n’a prouvé son existence. Or, pour qu’une étude soit valable, celle-ci doit apporter des preuves scientifiques irréfutables de l’existence de ce qu’elle énonce.

Voici quelques pistes de réflexion soulignant les fragilités de cette théorie.

Deux espèces, deux langages

La hiérarchie de dominance n’a de sens que dans des groupements d’individus de la même espèce. Ainsi, même si le cheval est une espèce sociale et que nous le sommes également, nous ne formons pas pour autant un groupe social avec eux.

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Comment pourrions-nous prétendre nous faire passer pour un membre de leur groupe social alors que nous n’avons pas la possibilité de communiquer sur le même plan qu’eux ? Nos oreilles ne changent pas de position, nous n’avons pas de queue, nous ne nous déplaçons pas sur 4 jambes et surtout… nous avons souvent bien du mal à les comprendre !

Alors que ses congénères interprèteraient instinctivement un changement d’attitude infime, nous n’avons même pas la faculté de le relever.

Le cheval sait qu’il s’adresse à une autre espèce. De part l’incompréhension que cela génère certains apprennent même à exagérer leurs mimiques pour mieux se faire comprendre de leur congénère humain.

Confusion entre dominance, éducation et tempérament

Le tempérament du cheval est lié à son histoire et… à la génétique ! Chaque cheval, tout comme chaque être humain, est guidé en partie par ce qui est inscrit dans ses gènes.

Un cheval pourra donc être d’une nature plutôt peureuse, fonceuse, curieuse, intrépide,… Souvent, des raccourcis navrants en résultent : cheval intrépide / fonceur = dominant, cheval timide / peureux = soumis. Encore une fois, toutes les relations sociales complexes et souples se résument à deux principes simplistes, pauvres et souvent faux.

Mais la génétique n’explique pas tout, ses échanges avec son environnement social jouent un rôle important et vont forger en partie sa personnalité. Il n’y a pas de cheval dominant vis-à-vis de l’homme, votre cheval n’exprime pas par son attitude le besoin de devenir le chef. C’est son tempérament qui se manifeste et son éducation qui se révèle.

Un cheval qui vous fonce dessus n’est pas un cheval qui essaye de vous dominer, c’est un cheval qui n’a pas été éduqué au respect de l’humain et c’est très différent ! Ce cheval n’a aucunement besoin d’être dominé, mais bien d’être éduqué.

L’impossible reproduction

Les groupes sociaux se forment pour survivre et cette conservation passe naturellement par la reproduction. Chasser les concurrents, « conquérir » une femelle, se reproduire, sevrer son poulain, chasser la progéniture,… tout ce processus social fait partie intégrante de la vie du cheval et  justifie les placements hiérarchiques de chacun dans le groupe.

L’absence de reproduction est une des explications de la non possibilité de hiérarchie inter-spécifiques.

Le processus social ne peut se mettre en place, l’humain n’est ni un concurrent, ni une progéniture, il se place totalement en dehors de la hiérarchie habituelle intra-espèce. La relation que nous nouons avec les chevaux repose sur d’autres principes créés par l’Homme.

Respect et dominance interdépendants?

Un amalgame est très souvent fait : s’il ne faut pas dominer, comment se faire respecter, le cheval pouvant être un animal dangereux ?

Pour se faire respecter, pas besoin de dominer

La remise en cause de la hiérarchie inter-espèces ne sous entend ni laxisme, ni anthropomorphisme, ni absence de règles. Ces dernières sont nécessaires pour une bonne cohabitation.

Ces règles ne reposent pas sur la dominance mais sur le bon sens, le respect de chacun et nos connaissances éthologiques, biologiques, physiques et cognitives du cheval.

Chaque cavalier doit s’efforcer de continuer sans cesse d’enrichir ses savoirs équestres, de les compléter, de les comparer, de les remettre en question et de SE remettre en question.

Le respect, ça va dans les deux sens !

A-t-on demandé l’avis du cheval pour l’enfermer dans un box, lui mettre un bout de métal dans la bouche, lui faire exécuter des prouesses physiques tout en étant chargé de plusieurs kilos sur le dos ? Aux dernières nouvelles, non…

Et si nous commencions par prendre en compte le fait que les chevaux n’aient nullement besoin de nous, que c’est nous qui avons besoin d’eux et leur imposons des règles qui vont parfois contre leur nature (voir l’article « Sommes nous cruels avec les chevaux ?« ).

Et si nous commencions, avant d’attendre ce respect du cheval qui serait un dû,… par LE respecter ? Respecter ses besoins, écouter ce qu’il nous dit, l’observer, l’aimer, et ne pas le traiter comme un esclave, un faire-valoir pour imposer le peu d’autorité que nous avons sous couvert de « dominance ».

Respecter son cheval c’est savoir le lire, l’écouter, le comprendre.

Un communication et une complicité à faire grandir

En mettant vos préjugés de côtés, vous apprécierez une nouvelle relation avec votre cheval, se basant sur le respect et la bienveillance.

La relation se trouve assainie, le cheval n’est pas un être manipulateur qui chercherait pas tous les moyens à prendre l’ascendant sur vous (anthropomorphisme te voila), mais bien un animal qui demande bien peu par rapport à ce qu’il nous donne.

Prêt à faire le premier pas?

 

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 Quelques liens pour aller plus loin…

– « Dominance : mythe ou réalité », Barry Eaton, les éditions du Génie Canin

– « Dominance et hiérarchie en question » (pdf)

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Commentairess 8

  1. corinne 2 octobre 2014
    • Claire 3 octobre 2014
  2. cathy 2 octobre 2014
    • Claire 3 octobre 2014
  3. Fournet ludovic 3 octobre 2014
    • Claire 3 octobre 2014
  4. Tayci 9 octobre 2014
    • Claire 16 octobre 2014