Plongez dans la bouche de votre cheval !

« A cheval donné, on ne regarde pas les dents ». Ce vieux proverbe contient une grande part de vérité : la bouche est un organe extrêmement important chez le cheval. En effet, il garantit sa santé, son longévité et son utilisation sportive. Afin de mieux comprendre ses caractéristiques et ses impacts, je vous propose donc une plongée au cœur de la bouche de votre cheval !

lèvres du chevalLes lèvres

Partie visible de la cavité buccale, les lèvres possèdent un rôle crucial dans l’alimentation du cheval. En effet, elles sont particulièrement mobiles ce qui permet à l’équidé de trier et de saisir sa nourriture.

De plus, elles sont équipées de poils tactiles appelés vibrisses, grâce auxquels le cheval peut identifier clairement les objets à portée de bouche. Bien pratique quand on ne voit pas ce qui se passe sous son nez !

Dentition et anatomie buccale

La dentition du cheval est emblématique de son statut d’herbivore. Celle-ci varie selon l’âge et le sexe de l’individu. La jument adulte possède 36 dents tandis que le mâle adulte en dispose de 40.

Les dents sont implantées dans la mâchoire supérieure, appelée maxillaire, et dans la mâchoire inférieure, aussi nommée mandibule. La mâchoire inférieure possède la particularité d’être mobile.

Copyright : Charlotte Brot

On compte ainsi sur chaque mâchoire :

  • 6 incisives
  • 6 prémolaires
  • 6 molaires
  • 2 crochets pour les mâles et pour les juments bréhaignes.

Le nom des incisives varie selon leur positionnement dans la bouche du cheval. Au centre de la mâchoire, on trouve les pinces suivies de l’intérieur vers l’extérieur par les mitoyennes puis les coins.

Les incisives sont séparées des prémolaires par une partie dépourvue de dents que l’on appelle les barres. Outre la mise en place du mors, cette zone permet au cheval d’éliminer facilement les aliments trop durs à mâcher ou impropres à la consommation.

La langue est un muscle très puissant qui permet une bonne répartition des aliments dans la bouche et un broyage régulier.

Dernière caractéristique importante de la bouche équine : le voile du palais se prolonge loin au fond de la cavité buccale. Cette conformation particulière empêche les aliments avalés de refluer. En cas de fausse route ou de bouchon œsophagien le bol alimentaire ressort alors par les naseaux.

bouche du cheval

Dentition : quelles évolutions au fil de la vie ?

Le poulain naît sans dent, mais celles-ci apparaissent de manière précoce dans son développement : les pinces sont visible à 6 jours, les mitoyennes à 6 semaines et les coins à 6 mois. L’éruption des prémolaires a lieu entre 15 jours et 1 mois après la naissance.

La perte des dents de lait intervient également de manière progressive. Tout d’abord, les pinces définitives apparaissent à l’âge de 3 ans, suivies des mitoyennes à 4 ans et des coins à 5 ans. Les prémolaires de lait sont remplacées par les dents définitives entre la deuxième et la quatrième année de vie. Les molaires de lait ne sont pas présentes chez le cheval. Les molaires définitives apparaissent donc entre 6 mois et 4 ans. Chez les mâles, les crochets font leur apparition à l’âge de 4 ans.

Ainsi, on considère la bouche faite à l’âge de 5 ans.

A l’âge adulte, la dentition continue d’évoluer. Il faut savoir que les dents du cheval (sauf les crochets) poussent en continue tout au long de la vie à raison de 1 à 4 mm par an. Cependant, on peut estimer approximativement l’âge d’un cheval en observant l’aspect et l’usure des dents ainsi que l’angle formé par les incisives.

Le tableau suivant récapitule les principaux points de repères permettant l’évaluation de l’âge à partir de l’observation de la dentition :

Age estimé Points à observer
De 0 à 5 ans Remplacement progressif des dents de lait par les dents définitives.
Entre 6 et 8 ans Le cornet dentaire, c’est-à-dire la partie centrale de la dent se situe au même niveau que le pourtour. On parle alors de « rasement »
Entre 7 et 9 ans L’usure fait apparaitre l’ivoire interne qui forme une sorte dessin. On parle « d’étoile radicale »
Entre 13 et 15 ans L’usure est telle que l’émail central disparait progressivement. C’est le nivellement.

L’angle formé par les incisives est d’abord proche de la verticale. Plus l’animal vieillit plus ses incisives deviennent obliques.

La mastication, une garantie de bonne santé !

Le cheval est un herbivore monogastrique, c’est-à-dire qu’il ne rumine pas. La mastication est donc essentielle à sa bonne santé et à son bien-être psychologique !

Chaque type de dent a un rôle bien précis dans ce processus : les incisives, aidées par les lèvres, saisissent les aliments dans la mangeoire ou sectionnent les végétaux. Les molaires entrent ensuite en jeu pour découper les aliments en petites particules. La mastication est réalisée par la mâchoire inférieure grâce à un phénomène de cisaillement qui combine des mouvements de gauche à droite et d’avant en arrière.

La mastication est extrêmement importante chez le cheval pour plusieurs raisons :

  • Elle permet de transformer les aliments grossiers en particules fines, plus faciles à valoriser par la suite : 50% des morceaux avalés par le cheval mesurent moins de 1 mm !
  • Elle permet une usure normale de la dentition : lorsqu’ils sont réalisés en nombres suffisants, les mouvements de cisaillement garantissent une usure régulière de la table dentaire et évitent l’apparition de problèmes comme les surdents ;
  • Elle permet la production de salive en quantité suffisante : le cheval sécrète quarante litres de salive par jour de manière continue, mais seule la mastication lui permet d’en produire suffisamment pour bien digérer et pour protéger la paroi gastrique des attaques acides. Selon les aliments consommés, la production salivaire journalière peut aller jusqu’à soixante-dix litres !

La mastication est fortement influencée par la composition de la ration. Par exemple :

  • La consommation d’un kilo de foin demande environ quarante minutes au cheval et engendre 3000 coups de mâchoires ainsi que la production de quatre litres de salive ;
  • La consommation d’un kilo de granulé nécessite environ dix minutes et demande au cheval environ 1000 coups de mâchoires et deux litres de salive.

On se rend facilement compte de l’importance des fourrages dans l’alimentation du cheval. En effet, ce sont eux qui vont permettre au cheval de mastiquer assez longtemps et régulièrement pour éviter des problèmes physiques comme l’apparition de surdents ou d’ulcères, mais aussi psychiques comme l’ennui et les tics.

Comment prendre soin de la bouche de mon cheval ?

Maintenir la bouche de son cheval en bonne santé doit donc être une préoccupation de tous les cavaliers.

Voici les grands principes à respecter pour la préserver au fil du temps :

  • Fournir des fourrages grossiers ( paille, foin, herbe, branchages, feuilles etc) en quantité pour permettre au cheval d’user naturellement ses dents ;
  • Faire examiner son cheval une fois par an par un dentiste équin. Ne pas négliger le suivi des vieux chevaux et la visite pré-débourrage ;
  • Choisir une embouchure adaptée à la morphologie buccale de son cheval. Par exemple, on veillera à choisir une taille de canon adaptée à la conformation de la bouche de chaque individu : un cheval avec une bouche étroite et une grosse langue trouvera plus facilement son confort avec un mors à canon relativement fin ;
  • Avoir la main douce en toutes circonstances ;
  • Ne pas attacher son cheval par les rênes pour éviter les blessures à la langue en cas de mouvement de recul.

La suite dans un prochain article où nous nous intéresserons aux pathologies buccales et dentaires des équidés.

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