Le syndrome de Cushing


Une maladie endocrinienne

Le syndrome de cushing, ou Pituitary Pars Intermedia Dysfunction (PPID, Dysfonctionnement de la Pars Intermedia de la glande Pituitaire en français ou DPIP), est issu d’un dysfonctionnement du lobe pariétal de l’hypophyse qui conduit à une hypercortisolémie. Mais que cela signifie-t-il concrètement ?

Anatomie et physiologie chez une cheval sain

Hypothalamus et hypophyse

L’hypothalamus est une petite zone du cerveau localisée à la base de celui-ci. Juste en dessous, se situe une petite glande, l’hypophyse, aussi appelée glande pituitaire. En temps normal, l’hypothalamus secrète de la dopamine, un neurotransmetteur qui agit directement sur le lobe parétial (dit pars intermedia) de l’hypophyse. Celle-ci a en effet un caractère inhibiteur du fonctionnement du lobe pariétal, c’est-à-dire qu’elle agit comme un frein sur les sécrétions de l’hypophyse.

L’ACTH et le cortisol

L’ACTH (Hormone Adrénocotricotrope) est une molécule produite par l’hypophyse. Cette même hormone est responsable de la production du cortisol par les cortico-surrénales (glandes localisées sur le haut du rein). Le cortisol, quant à lui, est une hormone dite « de stress » qui possède un rôle très important dans la régulation du métabolisme. Il permet notamment l’augmentation de la glycémie, c’est-à-dire du taux de glucose dans le sang.

Le faible fonctionnement de la pars intermedia, lié à la présence de dopamine, fait que l’ACTH est normalement très peu secrété, et par conséquent, que le cortisol l’est lui aussi. C’est une suite de messages nerveux qui permet de contrôler le fonctionnement de cette chaîne (depuis l’hypothalamus jusqu’au cortisol) et qui de fil en aiguille assure donc la régulation de la quantité de glucose sanguin.

Régulation cushing

Chez un cheval atteint de DPIP

Maintenant que vous connaissez tout (ou presque !) sur le fonctionnement de cette chaîne de régulation, venons en au cas d’un cheval atteint.

Le syndrome de cushing est en fait issu d’une dégénérescence des neurones au niveau de l’hypothalamus, qui provoque une baisse de la production de dopamine. Consécutivement à cette baisse, les cellules de la pars intermedia de l’hypophyse prolifèrent de manière incontrôlée, ce qui augmente considérablement le nombre de cellules hypophysaires (hypertrophie) et cause une augmentation du volume de la glande (hyperplasie).

Cushing cheval atteint

Cette baisse de la dopamine augmente la synthèse et la sécrétion d’ACTH, provoquant par la même occasion une production accrue de cortisol, d’où l’hypercortisolémie (taux trop élevé de cortisol dans le corps).

 

Symptômes

Hirsutisme

L'hirsutisme est un symptôme spécifique du cushing (ici, cheval très atteint)

L’hirsutisme est un symptôme spécifique du cushing (ici, cheval très atteint)

On qualifie d’hirsutisme les particularités des poils du cheval atteint de DPIP. C’est le symptôme le plus reconnaissable et celui qui met souvent sur la voie de la maladie de Cushing. Le cheval peine à perdre ses poils d’hiver, ils restent longs et épais malgré les fortes températures, notamment au niveau du ventre, des membres, ou encore de la mâchoire et de la nuque. On note également un changement de la coloration des poils

Dans les cas les plus avancés, le poil du cheval prend un aspect bouclé, et parfois, la mue d’hiver ne s’effectue même pas du tout. Le pelage long et bouclé d’un cheval est caractéristique de la maladie de Cushing, mais il n’apparaît que dans un stade relativement avancé de la maladie, la plupart des cas seront détectés plus tôt.

La raison de cette hirsutisme est encore méconnue, ce que l’on sait c’est que la maladie bloque la croissance des poils en phase de repos. En temps normal, cette phase est suivie de la mort de la cellule qui produit le poil et donc de la mort du poil et de sa chute. Dans le cas du DPIP, les cellules restant coincées dans cette phase ne peuvent mourir et libérer les poils qui ne tombent plus.

Perte de masse et stockage de graisse anormal

Chez les chevaux atteints de DPIP, on observe également une importante perte de masse musculaire, appelée amyotrophie, liée à une dénervation et une atrophie des zones musculaires. Cette perte se localise principalement au niveau du dos et des parois abdominales, donnant alors des chevaux « bedonnant » du fait de la distension de l’abdomen. C’est  le signe le plus fréquent et le plus précoce que l’on peut noter. L’amyotrophie est probablement liée à la dégradation des protéines par le cortisol.

Une anomalie du stockage des graisses (ici, cresty neck) est parfois observée

Une anomalie du stockage des graisses (ici, cresty neck) est parfois observée

A cette perte de masse musculaire, s’ajoute naturellement une perte de poids, mais aussi une distribution anormale des masses graisseuses. Caractéristiques du syndrome de Cushing, une accumulation de graisse au dessus et à l’arrière des yeux est observée chez la grande majorité des chevaux atteints. Cette graisse peut aussi s’accumuler au niveau de l’encolure, de la base de la queue, ou des postérieurs. Dans les cas les plus anciens, la masse graisseuse est également stockée dans l’abdomen, accentuant alors l’effet « pot belly », c’est-à-dire le ventre « bedonnant ».

Fourbure

La fourbure chronique est observée dans plus de la moitié des cas de syndrome de Cushing. Elle intervient même parfois avant l’hirsutisme, il peut donc être intéressant de faire les premiers tests de Cushing chez des chevaux de plus de 15 ans souffrant de fourbure.

D’après des recherches récentes, la fourbure serait très étroitement liée à l’insuline. Faisons encore un petit peu de physiologie, en simplifiant le choses : chez un organisme sain, la production d’insuline est réalisée par le foie. Cette hormone joue, tout comme le cortisol, un rôle important dans la régulation de la glycémie. En effet l’insuline favorise le stockage du glucose et permet donc la diminution de sa concentration dans le sang. La production d’insuline est régulée par le foie selon le glucose disponible. Ainsi, une augmentation de la glycémie provoque une production accrue d’insuline par les cellules du foie.

Au final, la production d’ACTH et de cortisol a en partie pour effet de provoquer une hyperinsulinémie.  Or on sait qu’il existe bel et bien un lien entre insuline et fourbure et que par conséquent, cette hyperinsulinémie peut provoquer la fourbure.

Autres symptômes

Un autre signe clinique fréquent et observable chez les chevaux atteints est la consommation excessive d’eau et l’émission fréquente d’urine.

Ces deux symptômes sont liés à la forte de la concentration de cortisol qui augmente la filtration au niveau des reins et donc l’émission d’urine. Pour combler ce déficit de fluide dans l’organisme, le cheval boit davantage.

 

Diagnostic et traitement

Dépistage du syndrome

Observation

Il faut bien voir que les symptômes exposés précédemment ne permettent pas de « diagnostiquer » la maladie. Les symptômes sont des expressions de la maladie propres à chaque individu, qui dépendent intimement du métabolisme, de la génétique et du mode de vie de chacun. Certains chevaux pourront donc être atteints de la maladie de Cushing sans pour autant présenter tous les symptômes présentés ci-dessus, voire même en présentant un seul d’entre eux. A l’inverse, gare aux conclusions hâtives ! Un des symptômes précédent n’implique pas à coup sûr que le cheval est atteint (en dehors peut-être de l’aspect du poil, qui reste très spécifique à la maladie).

Le dépistage repose sur des analyses bien plus poussées qui permettront d’écarter d’autres causes et de confirmer la possibilité d’un cushing.

Ceci dit, il n’en reste pas moins que l’observation des symptômes est la première étape de détection. Si vous observez certains symptômes simultanément, n’hésitez pas à appeler votre vétérinaire qui pourra ainsi voir le cheval, poser un diagnostic approuvant ou non votre hypothèse et procéder s’il le juge nécessaire aux examens complémentaires. Ce n’est qu’après analyse des résultats que le diagnostic pourra être réellement posé.

Analyses de sang

Le dépistage de la maladie de Cushing passe par une prise de sang sur laquelle seront faits divers tests et dosages spécifiques.

Le premier test est le dosage dans le sang de l’hormone ACTH. Nous avons vu plus haut que la production accrue de cette molécule est caractéristique du syndrome. C’est un test simple mais qui ne permet pas toujours de poser le diagnostic avec cetitude.

La prise de sang doit être faite à des périodes particulières : plutôt le matin, et préférentiellement entre la fin de l’été et le début de l’automne. Malgré cela, les résultats peuvent être très variables et dépendre véritablement de l’individu, de la période de l’année, de l’environnement, du travail du cheval, de son état de stress, etc …

Autre problème, si un taux anormalement élevé d’ACTH plasmatique permet d’affirmer que le cheval est bien atteint, un taux dans la norme à l’inverse ne permet pas d’exclure le cushing : des hypothèses et des test supplémentaires devront être effectués.

La prise de sang est un atout indispensable, qui permet au vétérinaire d’obtenir de plus amples renseignements sur les paramètres biologiques du cheval et ainsi d’écarter éventuellement certaines hypothèses ou d’en avancer de nouvelles.

Dex-suppression-eEnsuite, deux tests sont également possibles. Le premier consiste à injecter le soir une molécule, la déxaméthasone, ayant pour effet de supprimer la sécrétion de cortisol. La quantité de cortisol est alors mesurée par prise de sang le lendemain matin. Si le cheval est atteint, cette molécule n’aura qu’un effet intermédiaire, puisque la suppression sera contre-balancée par la surproduction induite par le syndrome.

Test-stimulation-TRH_2Le second, est du même type, mais consiste en une stimulation de la sécrétion d’ACTH par injection de TRH, une molécule agissant au niveau de l’hypophyse. Chez un cheval « normal » le taux d’ACTH n’augmentera pas ou peu du fait du cycle de régulation de la production d’hormone. A l’inverse, chez un individu atteint, la quantité d4ACTH plasmatique, mesurée 30min à 1h après l’injection augmentera fortement.

 

Prise en charge de la maladie

La syndrome de Cushing n’est pas une fatalité et des traitements existent et s’améliorent d’année en année pour tenter de limiter les effets du syndrome sur le cheval. Ce n’est pas une maladie dont les chevaux peuvent guérir, mais leur vie peut-être grandement améliorée grâce à certains traitements.

Le but est bien entendu d’agir au plus près de la cause, c’est-à-dire directement sur l’hypophyse, en tentant de rétablir la quantité de dopamine secrétée pour espérer retrouver des taux d’ACTH et de cortisol normaux.

Le traitement le plus efficace sur le marché actuel est le pergolide, une molécule similaire à la dopamine qui déclenche le processus de retro-contrôle de la production de cortisol. Il se présente sous la forme d’un comprimé à donner au cheval quotidiennement durant toute sa vie.

Encore une fois, chaque individu étant différent, il est impossible de savoir à l’avance si le cheval réagira positivement à l’administration de la molécule. Pour être certain de l’efficacité du traitement, il est conseillé de réeffectuer des prises de sang ainsi que des dosages d’ACTH quelques semaines après le début de la prise en charge afin de contrôler les taux. Si nécessaire, d’autres molécules telles que la  bromocriptine ou l’hydrochloride de cyproheptadine pourront utilisées voire combinées au précédent traitement pour trouver celle qui conviendra le mieux au cheval. Des prises de sangs de contrôle devront également être effectuées régulièrement (tous les 6 ou 13 mois selon le cheval et la prescription du vétérinaire).

Bien que contraignante, cette méthode présente des résultats relativement probants. On considère en effet qu’avec un traitement adapté, 75 % des chevaux présente une diminution de 50% de la production d’ACTH.

Notons toutefois que l’on peut voir apparaître chez certains chevaux des effets secondaires au traitement ( lethargie et baisse d’appétit notamment ) mais pourront la plupart du temps disparaître en diminuant la dose administrée puis en la réaugmentant progressivement.

Bien entendu, une hygiène de vie irréprochable doit être maintenue pour le cheval et permettra d’améliorer encore l’efficacité du traitement.

 

Source graphiques : (c) Medecine interne des Chevaux


Commentairess 9

  1. Agnès 19 octobre 2015
    • Lucare 22 octobre 2015
  2. Chris B. 8 mars 2016
    • Lucare 16 mars 2016
  3. Chrystelle Boutelier 12 septembre 2016
    • Lucare 21 septembre 2016
  4. Roxie 5 octobre 2016
  5. Chambon 18 décembre 2017
    • Lucare 14 mars 2018