La biomécanique du cheval : une autre approche de l’équitation


En équitation, il y a une chose à laquelle on ne réfléchit pas toujours, c’est l’anatomie de notre chère monture. Avez-vous déjà porté quelqu’un sur votre dos pendant plusieurs heures ?  Ce n’est ni agréable, ni évident. Alors réfléchissons un peu au fait que notre cheval nous porte sur son dos régulièrement et que nous ne lui facilitons pas la tâche. Une fois que nous réalisons la grande influence de notre corps sur le fonctionnement du cheval, nous devenons apte à changer notre façon de monter, à comprendre comment monter et à travailler dans le bon sens pour minimiser l’impact que nous aurons sur le dos de notre cheval.

Pour moi, cavalière de club, propriétaire d’un cheval au dos fragile et n’ayant jamais reçu d’enseignement sur le fonctionnement de mon propre cheval, la compréhension de la biomécanique équestre m’a ouvert les yeux sur la direction à prendre dans mon équitation. Et c’est lors d’une séance d’ostéopathie que j’ai compris ce que j’ai toujours voulu comprendre : comment faut-il travailler son cheval, et surtout, pourquoi,?

 

Les premiers pas : l’ostéopathie

La chose la plus importante pour aller vers une équitation utile, intelligente et respectueuse de l’anatomie de notre cheval, c’est d’abord d’avoir un cheval en pleine forme.

Le contexte

A la suite d’un séance compliquée avec mon cheval, rythmée de grands coups de tête, de refus sur les obstacles, et de ruades d’un cheval braqué contre ma main, il apparaît clairement que mon cheval n’est « pas bien dans ses baskets » aujourd’hui ! Après de nombreux tests pour comprendre l’origine de ce problème, je suppose donc un problème de dos.

Parce que je sens mon cheval vraiment gêné, j’appelle un ostéo en urgence, Jean-Paul Bérard, cavalier multidisciplines, coach de nombreux athlétes, enseignant instructeur et ostéopathe. Malgré une fracture du pied, il accepte de se déplacer dès le lendemain. A peine sorti de la voiture, il cherche à en savoir le plus possible sur mon cheval, son passé, notre passé, son caractère, etc …

Le premier coup d’oeil et les première manipulations

© Christine Kraus

© Christine Kraus

Tout en me questionnant sur ce qui nous pose problème, il écoute mon cheval. D’un seul coup d’oeil, il remarque LE principal problème, celui que nous tentons de corriger depuis des mois : « Il me parait clairement plus libre du côté droit, si je ne me trompe pas, je dirais qu’il a du mal à se plier à droite ». Et il ne pouvait pas être plus juste, c’est exactement ce qu’il se passe.

Alors qu’il le regarde en mouvement, au pas et au trot, il me demande de me mettre derrière mon cheval et de bien regarder. Ce qu’il a vu me saute aux yeux à moi aussi, alors que je n’y avais jamais prêté attention: la fesse droite est nettement moins musclée, moins développée, toute fine à côté de la gauche.

A partir de ce moment, les principaux problèmes sont repérés et il procède à diverses manipulations pour le « remettre d’aplomb » !

 

Reprendre les bases du travail

Quelques exercices à pied

Parce qu’il ne peut être de bien être général du cheval sans un travail correct, mon intervenant me montre alors quelques bases à reprendre.

Exercice 1 : La flexion d’encolure

Lors d'une flexion d'encolure, amener la tête du cheval vers vous

Lors d’une flexion d’encolure, amener la tête du cheval vers vous

D’autant plus utile dans le cas de mon cheval qui manque de pli à droite, il me demande de travailler sur les flexions d’encolure en licol. Il s’agit de se placer devant la tête du cheval, et de lui demander une flexion sur le côté, le bout du naseau sur l’épaule.

Pour un cheval qui ne connait pas l’exercice, les premiers essais risquent d’être compliqués. Il est alors possible de se placer au niveau de l’épaule du cheval, du côté opposé de la flexion (se placer à gauche pour plier le cheval à droite, par exemple). La longe passe le long de l’encolure du côté de la flexion, en la faisant passer par dessus le garrot, et par une légère tension dessus, amener le cheval à nous donner sa tête. Inutile de forcer le cheval à toucher l’épaule s’il ne le peut pas, commencer par une légère flexion, il ne doit en aucun cas y avoir une tension, le cheval doit rester dans la position même si il n’y a plus de tension sur la longe.

Il ne lui faudra pas bien longtemps pour comprendre ce qu’on lui demande et vous pourrez ensuite lui demander de vous donner ces flexions par un simple posé de main sur le chanfrein lorsque vous serez devant lui. Pensez bien sûr, à faire cet exercice des deux côtés !

Exercice 2 : La cession d’encolure

Il s’agit cette fois d’étirer le dos du cheval en l’incitant à baisser sa tête. Pour cela, il suffit de passer la longe par dessus la nuque, de la prendre dans les main de chaque côté de la tête et d’exercer de légères pressions courtes mais répétées pour inciter le cheval à porter sa tête vers le bas. Encore une fois, inutile de lui demander la lune, cessez les pressions et récompensez dès qu’il cède à la pression et baisse légèrement la tête. Vous pouvez également y associer un ordre vocal que vous pourrez utiliser une fois à cheval.

Veillez à ce que le cheval garde son encolure droite et étendue, et à ne pas forcer sur la nuque au risque de le blesser et le braquer.

Exercice 3 : L’engagement des postérieurs

L'abaissement des hanches et la montée du garrot permettent de tendre et renforcer le dos

L’abaissement des hanches et la montée du garrot permettent de tendre et renforcer le dos

Cet exercice permet d’inciter le cheval à engager son postérieur sous lui. Imaginer que le dos du cheval est en réalité une corde tendue entre deux piliers : les épaules et les hanches. Pour éviter que la corde ne cède, ne plie sous notre poids, elle doit être bien tendu. La croupe et le garrot sont alors des sortes de poulies qui permettent d’obtenir cette tension. Pour étirer la corde, il faut donc abaisser les hanches et monter le garrot: c’est ce que cet exercice permet de faire.

Mettez votre cheval sur un petit cercle autour de vous, veillez à lui maintenir la tête haute, que le garrot ne s’abaisse pas mais qu’il joue son rôle de poulie, et demandez à votre cheval d’engager son postérieur intérieur qui doit aller se poser dans la marque de l’antérieur extérieur. Pour cela, demandez lui de chasser légèrement les hanches et incitez-le à avancer le postérieur en tapotant légèrement le ventre du cheval, juste derrière les antérieurs.

Exercice 4 : Détente de la mâchoire

L’objectif de cet exercice est de préparer au mieux le cheval à venir se poser sur la main à cheval. Toutefois, cet exercice ne vise pas simplement à obtenir une cession de la mâchoire, le but est d’amener le cheval à se décontracter, il doit mâchouiller son mors. Un cheval qui travaille avec une bouche figée, tendue, travaillera sans cesse contre la main du cavalier, pesant dessus et vous n’aurez aucune possibilité de modifier l’attitude de votre cheval.

Ainsi, il s’agit de faire bouger doucement le mors dans la bouche du cheval, en bougeant légèrement les anneaux du mors. Le cheval doit pouvoir mettre la tête où il veut, le but n’est pas ici de le contraindre dans une attitude mais de l’inciter à se détendre et à mâchouiller son mors. Relâchez le mouvement dès le moindre signe de relaxation.

Exercice 5 : Cession de mâchoire

Pour terminer ce travail et obtenir une attitude correcte de la part du cheval, ce dernier exercice consiste à mettre le cheval dans une attitude propice à la mise sur la main. Il s’agit donc d’exercer de très légères pressions discontinues sur les rênes jusqu’à ce que le cheval vienne approcher sa mâchoire de son poitrail.

Veillez à ce que la bouche du cheval reste décontractée. Les pressions doivent être souples et légères, il est inutile également que le cheval vienne coller son nez contre son poitrail, ce n’est pas le but! S’il cède ne serait-ce que très légèrement à la pression, arrêtez-vous et félicitez.

Mise en place à cheval

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Exercice 1 : Engagement des postérieurs

Dans cet exercice, l’idée est de reproduire l’exercice 3 précédent une fois à cheval. Mettez alors votre cheval sur un petit cercle, en écartant la main intérieure pour inciter le cheval à prendre un pli. Utilisez votre jambe intérieure à la sangle pour permettre au cheval de s’enrouler autour de votre jambe. Le cheval doit engager ses postérieurs et approcher son postérieur intérieur de son antérieur extérieur, pour cela, pensez donc à entretenir l’impulsion de votre cheval.

L’exercice se fait d’abord au pas, au fur et à mesure de l’exercice, relâchez de plus en plus votre main intérieure, écartez la sans tension sur les rênes, le cheval doit rester sur le cercle grâce à l’action de la jambe. Si tout va bien, procédez de la même façon au trot. Pour compléter l’exercice, lorsque l’exercice est bien réalisé, exécutez quelques transitions trot-pas en veillant à ne pas utiliser vos mains: asseyez-vous dans la selle, bloquez votre bassin et attendez une réponse positive de la part du cheval.

Exercice 2 : Cession d’encolure

Pour commencer un  travail plus poussé, vous devez étendre le dos. C’est un échauffement, un étirement préalable qui permet de mobiliser tout le dos du cheval pour ensuite l’utiliser dans le travail. Reprenez le contact avec la bouche sur la rêne extérieure, placez le cheval sur un grand cercle puis avancez vos mains en relâchant la rêne extérieure et en utilisant la rêne intérieure, vous pouvez aussi ajouter le code vocal instauré à pied.  Le cheval va descendre son encolure et va alors venir étirer son dos. Comme toujours, dès le moindre signe de descente d’encolure, félicitez.

Veillez à ne pas vous jeter en avant et à conserver l’impulsion : même si l’encolure descend, l’équilibre du cheval ne doit pas en être modifié !

Exercice 3 : Décontraction et cession de la mâchoire

Toujours avec un cheval qui engage ses postérieurs (vous pouvez rester sur le cercle précédent), vous pouvez commencer à ramener la tête de votre cheval. La mâchoire doit rester décontractée, le cheval doit mâchouiller son mors. Utiliser les mêmes pressions qu’à pied sur les rênes pour l’inciter à céder dans la mâchoire.

Bien entendu, ces exercices doivent se faire régulièrement, à chaque fois que le cheval est monté, et même tous les jours voire plusieurs fois par jours pour les exercices à pied de flexion et cession d’encolure. Ce sont des exercices qui demandent peu d’effort physique au cheval et qui néanmoins permettent de travailler sa souplesse et de muscler son encolure.

 

En résumé : comprendre pour réussir

J’avais demandé un ostéopathe, j’ai reçu une leçon d’équitation!

Le bilan de cette séance c’est que la compréhension de la biomécanique du cheval est la base de tout travail. Le fonctionnement de son ossature et de sa musculature oriente notre façon d’appréhender le travail. Tout travail doit se faire avec un dos tendu, et cela passe par la montée du garrot et l’abaissement des hanches. Toutes les parties du cheval son liées, depuis le bout du nez jusqu’à la queue. La nuque, le garrot et les hanches ne sont que des axes de rotations, des « poulies » qui permettent de tendre chacune des parties.

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Une mauvaise attitude du cheval fragilise le dos et peut créer des douleurs

Cela confirme ce que l’on dit couvent : inutile de placer un cheval qui n’engage pas ! Le placement de la tête n’apporte pas la tension du dos, mais c’est bien cette tension que l’on recherche, celle qui permettra au cheval de se muscler à l’endroit et de garder un dos « en bonne santé », un dos capable de supporter notre poids.


Commentairess 2

  1. cochet 31 janvier 2017
    • Lucare 1 février 2017