[Histoire de propriétaires] Laetitia, Priska et Kenzo


Aujourd’hui nous inaugurons la rubrique « Histoire de propriétaires », avec l’histoire de Laétitia et de Priska, une jument baie qui a traversé bien des épreuves.

Avril 2003 : la rencontre

Tout commence en Avril 2003, alors que Laétitia n’a que 15 ans. L’un de ses amis souhaite acheter un cheval et demande à la jeune fille de l’accompagner dans sa recherche.

Kenzo

Kenzo

La mère de Laétitia est également du voyage, et tombe folle amoureuse du premier cheval qu’elle y croise : il s’agit de Kenzo, un selle français croisé comtois âgé de 5 ans et doté d’une belle robe alezan crins lavés.

Bien que ni Laétitia ni sa mère ne montent à cheval, elles décident d’acheter cet hongre qui leur a tapé dans l’oeil.

Elles poursuivent la visite de l’écurie, et voient au loin quelques chevaux espagnols qui venaient d’arriver. Une jument baie s’approche alors de la jeune fille et commence à lui lécher la main, puis tente de démolir son box lorsque Laétitia s’éloigne. Malgré le fait que la jument ne réponde pas à ses critères (« Je ne voulais surtout pas d’un bai, trop commun, ni d’une jument car trop caractériel« ), le coup de foudre est immédiat.

Le gérant de l’écurie lui propose alors d’essayer la jument en balade. Celle-ci ne se déroule pas comme prévu puisque, quelques minutes seulement après le départ, la jument rentre seule aux écuries ! Malgré cette chute, Laétitia décide de l’acheter.

La mère et la fille rentrent donc chez elles avec deux nouveaux chevaux : Kenzo, l’hongre alezan crins lavés, et Priska, la belle jument baie.

Deux ans plus tard…

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Priska

Deux ans plus tard, le 5 Août 2005. Alors qu’elle est sur une commune voisine, Laétitia voit au loin un feu se déclarer. Le vent se lève rapidement et la fumée devient de plus en plus épaisse…

Avec sa mère, elle téléphone à la propriétaire du terrain où sont logés ses chevaux : si la femme a pu être évacuée à temps, il n’en est pas de même pour Priska et Kenzo !

Une panique commence à les envahir…

 

« Il était alors 14 heures. Tout était bloqué, impossible de passer ou de savoir ce qui l’en était, le feu ne fut que maitrisé vers 20 heures….. On longeait les routes en se disant que, peut-être, d’un coup nos chevaux allaient sortir… » Et plus le temps passait, plus Laétitia et sa mère étaient désespérées : elles craignaient le pire et imaginaient déjà leurs chevaux morts brûlés dans le feu… Mais elles ne pouvaient rien faire.

« Le lendemain après une nuit très difficile, une copine de ma mère l’appelle pour lui dire que son fils de 3 ans a vu un cheval « à moitié mort, à moitié vivant » à la télé. »

Elles se rendent alors immédiatement au ranch qui l’a récupéré, pleines d’espoir. Elles se ruent dans l’écurie, vers le box du cheval miraculé.

« Tout le monde me dit de faire attention, le cheval est dans un sale état et même les gens qui connaissent mes chevaux ne savent pas si c’est un des miens. Je m’approche du box, le cheval est dans le noir et est plutôt foncé. « Priska ? » Le cheval se retourne, ses yeux sont gonflés, il n’a plus de crins, ses membres ont triplé et il est brulé aux 2ème et 3ème degrés… »

Laétitia reconnait immédiatement Priska, et sa jument, pourtant devenue aveugle, la reconnaît elle aussi.

« Elle se met à hennir pendant bien cinq minutes, comme si elle voulait me raconter ses malheurs sans pour autant me voir. Elle essayé de me faire des câlins mais moi je n’osais pas, de peur de lui faire mal. »

Priska est en vie.

Elle s’est sauvée toute seule durant l’incendie et a été récupérée par un gendarme qui avait vu la scène et qui l’a ensuite emmenée dans ce ranch. Kenzo n’a pas eu cette chance. Dans la panique, il est resté coincé dans les fils et n’a malheureusement pas pu s’en sortir.

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Retrouvailles et premiers soins

Laétitia décide alors de sortir Priska du box afin de mesurer par elle-même l’étendue des dégâts. Ce n’était plus le même cheval : la jument était aveugle, brûlée à vif et devenue très peureuse : Laétitia elle-même avait du mal à la tenir.

« Les gens me disaient : « il faut la piquer, elle souffre » etc. Mais comment piquer un cheval qui s’est sauvé tout seul ? Impossible pour moi… »

Les vétérinaires qu’elle consulte ne se montrent pas rassurants : certains disent que Priska ne serait plus jamais montable, d’autres qu’elle resterait aveugle à vie, d’autres encore qu’elle allait se laisser mourir à petit feu… Laétitia et sa mère sont têtues et aiment profondément cette jument, elles décident de tout faire pour la soigner.

Elles appliquent alors très régulièrement une crème pour soigner sa peau brûlée. La jument fini par se montrer coopérative, peut-être comprenait-elle que c’était pour son bien, et se laisse soigner.

Petit à petit ses yeux sont réapparus, mais un voile l’empêchait toujours de voir quoi que ce soit. Et puis un jour, ce voile a disparu : Priska voyait de nouveau ! Elle reprenait du poil de la bête jour après jour.

Un élan de générosité inattendu

Malheureusement tous ces soins coûtent très chers et les deux femmes ne peuvent plus les payer. Elles décident alors de tenter le tout pour le tout, et créent des affiches avec des photos de Priska afin de demander aux volontaires de leur acheter de la crème et autres produits médicaux.

« La grosse surprise arriva quelque jours après, quand des gens venaient et demandaient à voir la jument brulée. Ils la regardaient et me donnaient des pommades ou des chèques. Des gens sont venus avec des pots de Bétadine énormes dans des sacs pleins, des boulangeries nous ont ramenées des boîtes pleines de sous… Quel soulagement de savoir qu’on allait alors pouvoir la soigner jusqu’au bout… Un élan de générosité comme je n’en ai jamais vu ! »

Afin de remercier tous ces généreux donateurs en leur montrant les améliorations, Laétitia met alors à jour chaque semaine les photos de Priska.

1407957623084Malgré toutes ces aides, la jument n’est pas encore sauvée : elle ne peut plus être montée à cause de son bassin qui se déplace souvent. Elle a en outre encore une atrophie musculaire au postérieur gauche, et il lui manque encore pas mal de poils à de nombreux endroits. Mais les progrès sont visibles, et des liens profonds se tissent entre Priska et la jeune fille : « Avant ma jument partait loin du parc dès qu’elle me voyait arriver avec la selle, maintenant elle vient à l’entrée et m’attend.« .

N’écoutant pas les contre-indications du vétérinaire, Laétitia décide finalement de remonter Priska afin de la remuscler en douceur. Elle se fait alors dénoncer, et le vétérinaire l’appelle, très énervé, pour lui dire qu’il arrive à l’écurie pour lui parler. Lorsqu’il arrive, Priska est à la barre d’attache. Il passe à côté, ne la reconnait pas et demande à la jeune fille où est la jument. « J’ai rigolé et lui ai dit :  « Juste là ! » Il ne l’avait même pas reconnue, quelle fierté pour moi !« .

Le vétérinaire a alors inspecté Priska en détail et a félicité Laétitia. Selon lui, la jument n’aurait pas dû récupérer plus de 60% de ses capacités… Or elle en a déjà récupéré 90% grâces à tous les soins effectués ! Il demande même à Laétitia si elle accepterait de s’occuper d’un autre brûlé, dans le cas où il y aurait un jour un cas similaire dans la région. Une véritable victoire pour la jeune fille, qui a bien sûr immédiatement accepté.

« Deux mois après, Priska repassait à côté du feu. Aujourd’hui, neuf ans après, j’ai une jument hors pair avec laquelle j’ai une complicité que je n’aurais jamais avec un autre cheval. Il ne faut jamais perdre espoir, ma jument en est la preuve. En mémoire à mon cheval Kenzo. »

 

DSC_0246Un grand merci à Laétitia qui a accepté de revivre tous ces moments de souffrance pour nous les faire partager. Cette histoire m’a vraiment beaucoup touchée, je suis très émue de voir à quel point une mère et sa fille se sont battues pour sauver leur jument, et que des gens qu’elles ne connaissaient pas se soient mobilisés pour les aider, sans rien attendre en retour.

J’espère que ce témoignage vous plaira à vous aussi. Et comme le dit si bien Laétitia, n’oubliez pas que, quelle que soit la situation que vous traversez, il ne faut jamais perdre espoir.

[Histoire de propriétaires] Laetitia, Priska et Kenzo
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  1. Vegyann 13 décembre 2016