CSI de Bâle – le ressenti d’une spectatrice


Chaque année, les meilleurs cavaliers de saut d’obstacles se retrouvent à Bâle (Suisse) pour l’un des plus prestigieux tournois au monde de la discipline. Pendant 4 jours, 17 compétitions s’enchaînent pour le plus grand plaisir des passionnés. Le dernier jour a lieu l’épreuve emblématique : le Grand Prix Longines, avec des obstacles culminant à 1,60m .

longines-csi-basel-2016-ticketsC’est dans le cadre unique de la halle St-Jakob, avec sa  piste de 67 x 40m et ses 6 000 places en gradin, qu’ont eu lieu certaines épreuves. Les deux secteurs VIP encadrant les gradins et la soixantaine de stands de marques luxueuses qui accueillent les spectateurs sont emblématiques de cet évènement dominé par le luxe et le faste. La dotation de la dernière compétition est l’une des plus élevées au monde.

Je me suis rendue le 10 janvier 2016 pour assister aux deux dernières compétitions de l’évènement avec le matin le Prix du Canton de Bâle-Campagne suivi l’après-midi par le Grand Prix. Cette année l’enjeu de cette compétition est important puisqu’il qualifie pour les JO de Rio de Janeiro. Je vous fais partager ici le déroulement de cette journée ainsi que mes impressions et mon ressenti.

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Le Prix du Canton de Bâle-Campagne

La journée démarre à 10h par le lancement du premier cavalier sur la piste. Les gradins sont quasiment vides malgré les grands noms présents à cette épreuve à 1,45m. La 2ème cavalière à se lancer n’est autre que Pénélope Leprévost qui fait honneur à la France avec un beau parcours et une très belle équitation. Les autres cavaliers français qui suivent n’ont rien à lui envier et font preuve de beaucoup de tact et de professionnalisme.

Philippe Rozier (FR). Crédit photo : Véronique Bidinger

On peut se dire qu’à ce niveau cela va de soi, et pourtant… Ce Prix du Canton de Bâle-Campagne est plus que décevant. Un majorité des cavaliers monte de manière très brutale. On assiste ainsi à de nombreux coups de cravache et d’éperon visibles depuis les gradins (et je me trouvais pourtant en 2nd catégorie) ! Le plus incompréhensible est sans aucun doute le passage d’une cavalier dont le cheval, visiblement déjà bien éprouvé par son échauffement au paddock, fait tout son parcours la langue pendante, signe évident d’une souffrance… Certains spectateurs, visiblement peu au fait du langage équin s’esclaffent, un cheval qui tire la langue, c’est si amusant.

La magie ne fonctionne plus et l’excitation que j’avais en arrivant a bel et bien disparue. Je me demande ce que je fais là. La journée ne commence pas sous les meilleures auspices, j’ai de gros doutes quant à la suite des évènements…

Podium :

1. Egano van het Slogenhof et Gregory Wathelet (BEL)

2. Heliodor Hybris et Laura Renwick (GBR)

3. Quel Chanu et Philippe Rozier (FRA)

Une introduction musicale réussie avec la Top Secret Drum Corps

Pause de midi oblige, c’est le moment de se dégourdir les jambes et de parcourir les stands de produits équestres. Ces derniers ne s’adressent très clairement pas au commun des mortels, aucun article n’affiche un prix en-dessous de trois chiffres. Cette ambiance guindée commence à me fatiguer, comme si je n’étais clairement pas à ma place comme simple cavalière amatrice avec budget limité…

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Source photo : thepercussivesweetspot.blogspot.fr

Les festivités reprennent bientôt, il est temps de se retrouver une bonne place en gradin. Pour débuter le show de l’après-midi, une représentation inattendue mais pleine de surprises nous attend avec le groupe Top Secret Drum Corps. Pas de chevaux en vue, mais un groupe d’une dizaine de batteurs sur tambours qui chauffent la salle au son de leurs rythmes endiablés. Sans doute pour nous rebooster durant la digestion, et bien c’est réussi ! Les rythmes puissants  installent une ambiance épique et le juste milieu trouvé entre musique, humour et performance en font un spectacle parfaitement approprié à l’évènement et très original  !

Cet intermède me met un peu de baume au cœur et et me redonne espoir quant à la compétition de l’après-midi que j’attends tout de même avec impatience !

Les français brillent pour le Grand Prix !

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Crédit photo : George Henz

A 14h15 pétante l’épreuve tant attendue du Grand Prix débute. Les gradins sont pleins et l’ambiance électrique ! Les carrés VIP grouillent de serveurs qui s’affairent à servir de délicieux mets aux invités de première classe.

40 cavaliers sont au départ de cette épreuve qui se joue en deux manches.  La différence entre les cavaliers ayant défilé le matin et ceux de l’après-midi est flagrante. Même si je n’ai pas manqué de relever l’attitude dure de certains, j’en retiens surtout l’osmose de beaucoup de couples, que j’avais déjà constaté lors des Jeux équestres mondiaux de Normandie en 2014.

Tout parait facile et fluide, les parcours sont beaux à voir malgré les difficultés qui le jalonnent. Les cavaliers se suivent à un rythme soutenu et le spectacle est bien au rendez-vous ! Les cavaliers français font honneur à notre pays avec des parcours magnifiques, propres et une équitation respectueuse.

Quinze cavaliers se qualifient pour la deuxième manche dont trois français : Simon Delestre, Roger-Yves Bost, et Pénélope Leprévost auteure de l’unique sans faute français de la 1ère manche. Dans la deuxième manche, les trois couples français réussissent un parcours sans faute.

La victoire se joue finalement au barrage entre Pénélope Leprévost, Christian Ahlmann (GER) et Luciana Diniz (POR) (vainqueure l’an dernier de ce Grand Prix) tous trois sans faute sur les deux premiers parcours. C’est finalement le couple allemand Christian Ahlmann avec Codex qui réalise l’unique triple sans-faute avec un parcours impeccable et remporte ainsi son quatrième Grand Prix. Pénélope Leprévost réalise le meilleur temps mais fait tomber une barre et le couple portugais fait 8 points.

Le suspens aura été présent jusqu’au bout et le barrage que nous ont offert ces trois cavaliers était exceptionnel. Sans aucun doute, un grand moment d’équitation !

Pour découvrir le classement complet : Résultats CSI 5*.

Bilan de cet évènement

Je repars de cet évènement avec un sentiment très mitigé. Malgré les très beaux parcours et le bel esprit de compétition auquel j’ai assisté l’après-midi, le spectacle navrant du matin me laisse un goût très amer. Je suis particulièrement sensible au moindre signe de souffrance animale et lorsque je vois certaines manières de monter, j’en reviens à remettre en question ma place comme spectatrice dans ce type d’évènement.

L’ambiance générale ne m’a pas non plus séduite. L’élitisme très marqué, que l’on retrouve souvent dans le milieu du cheval mais tout particulièrement ici, m’a fait développer un sentiment de malaise. Le comble lors d’une telle journée sensée être synonyme de détente et de plaisir…

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Crédit photo : Katja Stuppia

Mais cette journée m’aura également permis de découvrir des cavaliers incroyables. Mon plus gros coup de cœur va sans aucun doute à Luciana Diniz, la cavalière portugaise qui termine 3ème au Grand Prix. J’avoue n’avoir encore jamais vu une si belle équitation à un tel niveau de compétition. D’une grande douceur, elle arrive sur chaque parcours au pas, rêne longue et accorde une belle caresse à Fit for Fun… la connexion est clairement là et son style tout en délicatesse détone.