Assouplir son cheval : pourquoi et comment faire ?

Assouplir son cheval, qu’est-ce que ça signifie exactement ? Quels sont ses objectifs et quels exercices peut-on faire pour y parvenir ?

Pourquoi faut-il assouplir son cheval ?

Commençons par une métaphore toute simple : à moins d’être une danseuse étoile, si je vous demande de faire un grand écart ou tout autre exercice demandant beaucoup de souplesse, il y a de fortes chances que vous me rigoliez au nez. Mais si vous travaillez quotidiennement pour atteindre cet objectif, un jour vous réussirez peut-être à exécuter cet exercice, plus ou moins rapidement et plus ou moins facilement selon votre souplesse naturelle.

Il en va de même pour les chevaux : qu’importent leurs qualités innées, tous doivent travailler pour réussir un exercice et perfectionner leurs mouvements. Et c’est là qu’entre en jeu tout le travail d’assouplissement. Car en effet, le premier intérêt de tout assouplissement est tout simplement… d’assouplir, pardi !

Autrement dit, d’arriver par la contraction et l’étirement répété des muscles/tendons/ligaments à une amplitude de mouvement plus importante. Au même titre que la ballerine qui souhaite effectuer un grand écart, le cheval doit travailler de manière régulière différents ensembles de muscles pour parvenir à réaliser des mouvements plus facilement et avec plus d’amplitude.

L’ultime objectif étant, chez le cheval, de pouvoir porter son cavalier sans se faire mal en se musclant correctement, et de performer au mieux dans la discipline à laquelle on le destine en respectant la progression définie dans l’échelle de progression de la FEI.

 

Mon cheval est-il souple ?

A quoi observe-t-on la souplesse d’un cheval ? Hormis sa capacité à se contorsionner pour se gratter les endroits les plus improbables de son corps alors que vous êtes assis confortablement sur son dos, un cheval souple se détecte grâce à quelques indicateurs très concrets rassemblés dans l’échelle de progression évoquée ci-dessus :

« Les indices de la souplesse sont :
– L’aisance des mouvements, l’élasticité des foulées, un rythme régulier,
– Un dos élastique, la capacité à s’incurver et à se déplier,
– Une nuque perméable, permettant un contact agréable et une bouche décontractée,
– Une queue bien portée et se balançant symétriquement. »

Tout un programme, non ?! Car en effet, obtenir tous ces points réunis lorsqu’on monte son cheval n’est pas si facile.

Si la biomécanique ne vous effraie pas, voici en plus quelques notions pour mieux comprendre la nécessité d’assouplir un cheval d’un point de vue physique :

  • Les vertèbres cervicales du cheval disposent d’une grande mobilité, lui permettant de se servir de son encolure comme d’un balancier. Ce balancier est nécessaire à son équilibre ;
  • Les vertèbres dorsales et lombaires ne sont pas aussi mobiles, et limitent la souplesse du dos et des reins du cheval ;
  • Les vertèbres sacrées, au niveau de la croupe, sont soudées et empêchent donc toute mobilité de cette partie du corps ;
  • Toutes les vertèbres sont reliées entre elles par un ensemble de ligaments, et la position de chaque partie décrite ci-dessus influe sur celle des autres ;
  • Seuls les postérieurs sont reliés à la colonne (contrairement aux antérieurs qui ‘flottent’ et sont simplement reliés à la colonne par un ensemble de muscles et tendons) ;
  • Ce sont l’abaissement des hanches et l’engagement des postérieurs sous la masse qui permettent de tendre le dos et relever la base de l’encolure, favorisant la mise sur la main. Le cheval peut ainsi porter son cavalier sans se faire mal.

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Source : wikipedia.org

Exercices pour assouplir un cheval

Les assouplissements doivent faire partie du quotidien de votre cheval. C’est la condition sine qua non pour le faire progresser, améliorer son équilibre et sa propulsion. La progression doit être réfléchie afin d’amener le cheval en douceur vers des exercices de plus en plus difficiles, sans sauter d’étapes.

Pensez à démarrer en demandant peu et en récompensant beaucoup. Au fur et à mesure que vous allez répéter les exercices d’assouplissement, votre cheval les réalisera de plus en plus facilement et vous pourrez vous montrer plus exigeant.

Une règle de base : ne demandez jamais plus que ce que le cheval peut vous donner !

 

Travail sur les transitions

Les transitions sont des exercices d’assouplissement longitudinal indispensables. C’est par là que doit commencer tout travail d’assouplissement.

  • Transitions entre les allures (inter-allures)

Si vous avez déjà travaillé de jeunes chevaux, vous savez déjà que cet exercice d’apparence simple peut se révéler compliqué avant d’arriver à obtenir des transitions franches, fluides, sans heurts et en conservant un cheval droit.

Avec un jeune cheval, demandez uniquement des transitions simples, en des endroits précis. Demandez souvent, depuis toutes les allures, des transitions ascendantes et descendantes, en vous assurant que dans la nouvelle allure le cheval ne précipite pas, et qu’il ne se traverse pas. C’est ainsi que le cheval apprendra à se cadencer et à s’équilibrer lors des transitions.

Avec un cheval plus aguerri, le travail de transitions ne doit pas être négligé non plus : soyez rigoureux tant dans le temps de réponse que dans la qualité de la transition elle-même. N’hésitez pas à varier les transitions pour que le cheval n’anticipe pas, en veillant à la légèreté des aides et à la rectitude (en particulier lors des départs au galop).

 

  • Transitions dans l’allure (intra-allures)

Imaginez un élastique que vous pouvez écarter du bout des doigts, puis faire revenir à sa taille normale. Le principe est un peu le même lorsqu’on travaille les transitions intra-allures chez le cheval : arriver à obtenir une certaine élasticité dans l’allure sans que l’attitude du cheval ne se dégrade.

Lorsque vous travaillez sur des allongements, veillez à augmenter l’amplitude et non la cadence : le cheval doit aller chercher plus loin, mais pas plus rapidement. Il en va de même avec le rassembler dans l’allure : on ne demande pas le ralentissement mais bien de passer d’une énergie vers l’avant à une énergie vers le haut ; le cheval prend du rebond, mais la cadence restant la même.

Bien sûr, avant d’arriver à réaliser cela parfaitement, vous y passerez plus ou moins de temps, mais c’est un travail indispensable pour assouplir son cheval. Le bénéfice sera entier si vous veillez à conserver un cheval en main et en équilibre qui pousse sur ses postérieurs.

Assouplir son cheval avec les transitions

Travail longitudinal pour gagner en souplesse et en amplitude. Source : Wikipedia Commons.

Travail sur l’incurvation et la contre-incurvation

Nous avons tous pu constater que nos chevaux sont plutôt droitiers ou gauchers. Autrement dit, ils ont tous une souplesse naturelle plus importante d’un coté que de l’autre. C’est grâce au travail d’incurvation que l’on va pouvoir rectifier ce déséquilibre, cette dissymétrie.

En travaillant l’incurvation et la contre-incurvation, on étire un coté du cheval tandis que l’autre se raccourcit. En travaillant par exemple sur le cercle à droite, le coté gauche s’étire et se tend, tandis que le coté droit se raccourcit et se détend. C’est ce travail répété, qui va permettre d’assouplir le cheval, et d’établir une certaine symétrie du cheval, à la fois dans sa souplesse, sa locomotion et son équilibre.

Attention à ne pas travailler toujours à la même main, afin de ne pas renforcer la dissymétrie naturelle de votre cheval ou à provoquer de grosses contractions. Travaillez au contraire des deux côtés de façon égale, en commençant d’abord les exercices par le côté facile.

  • Cercles de différents diamètres (6m au pas, 10m au trot, 15m au galop, voire plus dans un premier temps). Amusez-vous à varier le diamètre du cercle en travaillant sur votre jambe à la sangle. Veillez à céder avec votre main intérieure dès que le cheval cède dans sa nuque, et ne jamais travailler en tirant sur votre rêne intérieure mais bien en écartant puis ramenant votre main.
  • Huit de chiffre : réalisable aux 3 allures selon le niveau du cheval, cet exercice vous permet d’alterner l’incurvation d’un coté puis de l’autre, ou de conserver l’incurvation du même coté pendant tout l’exercice. Par exemple, en démarrant à droite puis en passant sur le cercle à gauche en conservant l’incurvation à droite, vous vous retrouvez à travailler en contre-incurvation. N’hésitez pas à varier incurvation et contre-incurvation, pensez à faire des pauses et à bien récompenser.
  • Slalom : il ne s’agit pas de faire la course sur un aller-retour de slalom à fond les gamelles, mais de travailler votre slalom en cherchant à incurver votre cheval, et parvenir à changer de plus en plus rapidement l’incurvation (ou rester en contre-incurvation tout le long, selon le but recherché). Placez des plots bien espacés pour commencer, et démarrez au pas. Cela vous permet également de travailler la réactivité de vos aides, c’est donc double bénéfice !

 

Travail latéral

Il existe 2 grands types de déplacements latéraux : avec et sans incurvation. Vous vous en doutez, se déplacer latéralement en conservant l’incurvation se révèle plus compliqué pour le cheval.

  • Cession à la jambe

Lorsqu’on apprend les cessions à la jambe à un jeune cheval, on peut commencer à s’aider de la lice. En arrivant la tête face à la lice avec un angle d’environ 45°, poussez avec la jambe extérieure et emmenez les épaules de coté alternativement, pour que le cheval, bloqué par la lice, comprenne qu’il faut se déplacer de coté.

Avec un cheval plus avancé dans son dressage, les cessions se font aussi bien sur des demi-voltes qu’en partant d’un doubler pour rejoindre la piste.

Pensez à alterner les cessions de chaque coté pour travailler le cheval de façon symétrique. N’hésitez pas à remettre droit (les épaules avant les hanches) sur quelques foulées puis repartir en cession si l’effort semble trop important ou que votre cheval s’entable (passe les hanches devant les épaules).

Dans la cession, vous pouvez mettre un léger pli du coté opposé au déplacement ou garder un cheval bien droit.

Variante : lorsque vous remettez droit, demandez un départ au galop, cela permettra de travailler sur l’engagement du postérieur intérieur.

 

  • Epaule en dedans / Contre-épaule en dedans

Dans ce déplacement, le cheval est incurvé du coté opposé au déplacement.

Par exemple sur la piste à main gauche, sortez du coin et tracez un cercle d’une dizaine de mètres de diamètre maximum en incurvant votre cheval autour de votre jambe gauche. A la fin de votre cercle en rejoignant la piste, conservez l’angle (environ 30°, moins si le cheval n’a pas d’expérience) sur une rêne d’ouverture intérieure et poussez sur la jambe intérieure à la sangle. Le cheval se déplace alors avec les postérieurs sur la piste et les antérieurs sur 2 autres pistes différentes.

Cet exercice est connu pour être « l’aspirine de l’équitation » selon Nuno Oliveira qui y trouvait de nombreux avantages. Entre autre, favoriser l’engagement du postérieur intérieur, abaisser les hanches et assouplir le cheval.

N’hésitez pas à répéter épaule en dedans et contre-épaule en dedans (le cheval est en contre-incurvation mais toujours du coté opposé au déplacement) aussi souvent que nécessaire  jusqu’à avoir un mouvement fluide, actif et régulier sur des aides légères. C’est en soi un travail à part entière qui peut prendre beaucoup de temps selon le cheval.

Variante : pour mobiliser encore davantage les postérieurs en particulier le postérieur intérieur, finissez votre épaule en dedans en redressant et en demandant tout de suite un allongement de l’allure (particulièrement bénéfique au trot). L’abaissement des hanches et l’engagement du postérieur intérieure doit aboutir à l’amélioration de la propulsion.

Assouplir son cheval avec l'épaule en dedans

Epaule en dedans, « l’aspirine de l’équitation » Source : Wikipedia Commons

 

  • Appuyer

L’appuyer est la grande soeur de la cession à la jambe, l’incurvation en plus.

C’est donc un mouvement difficile, qui doit être abordé lorsque le cheval est déjà aguerri sur les déplacements de plusieurs pistes et notamment l’épaule en dedans. En effet, on demande au cheval de se ployer et de se déplacer avec les 2 bouts du même coté : le bénéfice est donc réel pour assouplir le cheval, mais l’exercice est exigeant. Au début, demandez peu et remettez en avant dès que vous perdez l’impulsion. Favorisez toujours le mouvement en avant, sans altération de la cadence. C’est en effectuant l’appuyer dans une cadence régulière que le cheval y gagnera.

Variante : la tête au mur / croupe au mur constituent de bonnes variantes à l’appuyer, et peuvent se révéler plus faciles pour commencer puisque vous vous aidez alors de la lice.

 

Travail sur le reculer

Je choisis volontairement de mettre le reculer à part, car je ne parle pas ici de transitions aboutissant au reculer mais du mouvement seul qui constitue en lui-même un assouplissement.

En effet, avez-vous déjà observé quels mécanismes sont en oeuvre lorsque le cheval recule ? Depuis l’arrêt, le cheval doit reporter son poids vers l’arrière en abaissant ses hanches et en se déplaçant dans un mouvement rétrograde par bipèdes diagonaux. Essayez de demander un reculer à un jeune cheval juste débourré, vous constaterez que ce n’est pas un mouvement naturel !

Ce n’est donc pas non plus un mouvement anodin et il ne doit pas être demandé précocement dans le travail du cheval, mais suivre la logique de sa progression. Demandé en main, le reculer sera plus facile à appliquer ensuite sous la selle. Veillez à la rectitude du reculer, sa diagonalisation (le cheval ne doit pas latéraliser dans le reculer) et ne demandez l’augmentation du nombre de pas que très progressivement. Petit à petit, votre cheval s’assouplira et sera capable de reculer de manière légère et sans heurts.

Variante : avec les chevaux aguerris, vous pouvez parfaitement travailler le reculer en courbe.

 

La descente d’encolure

En descendant son encolure, le cheval ramène ses postérieurs sous lui et monte le dos. Il met ainsi en tension le ligament nuchal qui permet de tendre à son tour le ligament supra-épineux et de faire remonter le dos et la cage thoracique. C’est en musclant ces ligaments que le cheval aura de plus en plus de facilité à porter le poids de son cavalier, d’où l’importance de travailler avec un cheval décontracté et correctement orienté.

La descente d’encolure constitue donc en elle-même un assouplissement, mais uniquement si vous la prenez comme tel. En effet, le cheval doit descendre son bout du nez sans rompre le contact avec les rênes et sans précipiter, mais en continuant à engager les postérieurs. Il ne s’agit donc pas de tenir vos rênes à la boucle en laissant votre cheval courir.

S’il accélère ou reporte son poids sur les épaules, renforcez votre dos et vos jambes pour le redresser, et procédez petit à petit, quitte à ce qu’il descende moins bas les premiers temps. Renouvelez l’exercice régulièrement, jusqu’à ce que votre cheval accepte d’aller vers le bas en continuant à se porter et à engager. C’est un bon exercice à faire en fin de séance pour laisser votre cheval étendre sa ligne du dessus et remonter les abdominaux !

 

Travail à l’obstacle

Il est généralement considéré que le dressage est la base de travail et d’assouplissement préalable à tout travail à l’obstacle. Cela est bien entendu vrai, toutefois le travail à l’obstacle présente de nombreux avantages dans le travail d’assouplissement et de musculation de nos chevaux.

En effet, lors d’un saut, le cheval va à la fois étirer sa ligne du dessus et les muscles extenseurs pendant la phase ascendante et sa ligne du dessous ainsi que les muscles fléchisseurs au planer et lors de la phase descendante.

Si ce n’est pas une raison pour sauter tous les jours – les articulations doivent être préservées, un travail régulier à l’obstacle reste toutefois l’occasion de compléter et parfaire le travail effectué sur le plat.

  • Sauts de puce

De tous les exercices à l’obstacle, le saut de puce est sans doute un des plus intéressants pour assouplir un cheval. S’il n’est pas recommandé de le pratiquer toutes les semaines, il constitue toutefois un exercice bénéfique à la musculature du cheval.

En effet, il a le triple avantage de demander au cheval de s’articuler tout en développant ses réflexes et en travaillant ses abdominaux. Or, lorsqu’il contracte ses abdominaux, notre cheval fléchit la hanche et ramène les postérieurs sous lui, mettant en tension le dos… vous devinez la suite ? Il se pratique aussi en liberté, laissant au cheval le loisir de travailler sans le poids de son cavalier et de perfectionner ainsi son geste.

Assouplir son cheval avec les sauts de puce

Saut de puce en liberté

 

Maintenant que vous en savez un peu plus sur le rôle des assouplissements et des différentes manières d’assouplir un cheval, c’est à vous de jouer ! Quel que soit le stade de dressage de votre cheval, les assouplissements sont primordiaux ; aussi répétez souvent, récompensez beaucoup et soyez progressif dans vos demandes.

Certains chevaux sont plus souples que d’autres de nature, soyez indulgents et cherchez toujours à percevoir la difficulté que l’exercice pose à votre cheval. N’hésitez pas à revenir en arrière sur un mouvement plus simple qui sera mieux exécuté, plutôt que rester bloqué sur un mouvement difficile. N’hésitez pas à vous référer à l’échelle de progression évoquée plus haut pour évaluer les progrès et connaitre les pistes de progression pour votre cheval. Et pensez à la longe, qui permet de muscler/assouplir votre cheval efficacement si le travail est bien fait, sans qu’il ait à supporter votre poids.

Et bien sûr, soignez l’emploi de vos aides, car vous ne pouvez demander un mouvement correct à votre cheval si vous-même ne formulez pas bien vos demandes. De là à parler de votre souplesse à vous, il n’y a qu’un pas, mais je vous réserve cela pour un prochain article 😉

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